Donald Trump s'allie encore avec les démocrates, les conservateurs grognent

Donald Trump à la Maison Blanche, le 14 septembre 2017 avant son départ pour la Floride / © AFP / NICHOLAS KAMM
Le président Donald Trump a chambardé le monde politique américain jeudi en annonçant un projet d'accord avec l'opposition démocrate du Congrès pour régulariser des centaines de milliers de clandestins, court-circuitant sa majorité et choquant ses supporteurs conservateurs.

C'est la seconde fois, en une semaine, que Donald Trump surprend en s'accordant avec "Nancy et Chuck", Nancy Pelosi et Chuck Schumer, les chefs des démocrates de la Chambre des représentants et du Sénat, avec qui il avait conclu un "deal" sur la dette et le budget lors d'un rendez-vous dans le Bureau ovale.

Cette fois, c'est un dîner, mercredi dans le salon bleu de la Maison Blanche, qui a permis de sceller un apparent accord de principe.

En échange de la régularisation de centaines de milliers de jeunes clandestins, surnommés "Dreamers" (rêveurs), les démocrates, qui disposent d'une minorité de blocage au Sénat, accepteraient de voter des crédits pour doper en technologies (drones, détecteurs...) et en moyens la protection de la frontière avec le Mexique, afin de freiner les arrivées de sans-papiers.

Surtout, Donald Trump a selon les démocrates capitulé sur le mur frontalier qu'il s'est engagé à construire, reportant à plus tard la bataille pour le vote des crédits pour sa construction.

"Il y a 800.000 jeunes, nous travaillons d'arrache-pied sur un plan", a déclaré Donald Trump à Washington, avant de s'envoler pour la Floride, frappée par l'ouragan Irma. "Je pense que nous en sommes assez proches mais il nous faut une sécurité massive à la frontière".

Pour les démocrates, "il reste à négocier les détails de la sécurité à la frontière, l'objectif commun étant de finaliser tous les détails dès que possible".

Mais c'est "une étape très, très positive", s'est félicité Chuck Schumer.

"Je suis certaine que le président est sincère", a ajouté Nancy Pelosi, disant qu'il s'agissait d'une première pierre, augurant peut-être d'autres accords dans d'autres domaines, comme les infrastructures.

Donald Trump "est un président de téléréalité", dit à l'AFP l'expert John Hudak, de la Brookings Institution. "Quand il travaille avec les démocrates, il reçoit de bons commentaires médiatiques, de bonnes critiques. C'est pour cela qu'il semble enclin à continuer".

- Pragmatisme -

Affront pour le parti républicain, ni le président de la Chambre, Paul Ryan, ni l'homme fort du Sénat, Mitch McConnell, n'étaient présents au dîner.

"Il n'y a pas d'accord", a martelé Paul Ryan lors d'une conférence de presse, en insistant qu'il fallait encore que les négociations aboutissent sur les détails du compromis, notamment sur les moyens de rendre la frontière effectivement hermétique.

Ce compromis, même s'il n'est pas encore finalisé, les conservateurs le vivent déjà comme une trahison.

Ils sont furieux que leur héros ne considère plus comme une urgence absolue la construction d'un imposant mur en béton le long de la frontière.

"Un mur est un mur, les Américains ne s'y tromperont pas", a dénoncé l'élu conservateur Steve King sur CNN. "La base électorale va l'abandonner", a-t-il prévenu.

Les commentateurs conservateurs s'étranglent. "Si on n'a pas notre mur, je préfère autant que Pence soit président", a tweeté la polémiste Ann Coulter. Le site Breitbart, dirigé par l'ex-conseiller présidentiel Steve Bannon, a jugé que Donald Trump avait "cédé" sur les clandestins.

Face à la grogne, le président a répété, à son arrivée en Floride: "il faut qu'on ait le mur". Mais il a expliqué que son financement pourrait intervenir "plus tard".

En réalité, de nombreux républicains soutiennent la régularisation des sans-papiers couverts par le programme "Daca".

Créé par Barack Obama en 2012, il a permis de donner des papiers temporaires à des clandestins arrivés avant l'âge de 16 ans. Environ 690.000 disposent actuellement de ce permis, selon le gouvernement, et non 800.000 qui correspondaient à un précédent chiffrage.

Les républicains considéraient ce programme comme illégal, et Donald Trump l'a supprimé, avec six mois de sursis, appelant le Congrès à transposer peu ou prou Daca dans la loi.

Mais les conservateurs voulaient exiger en contrepartie le vote de fonds pour le mur, estimant qu'il s'agissait de la promesse de campagne la plus emblématique de Donald Trump. Quitte à déclencher un bras de fer budgétaire avant une date-butoir en décembre.

Le président, pragmatique, a décidé de ne pas en faire un casus belli.

"Il n'a jamais été un politique conventionnel ou orthodoxe", philosophait cette semaine l'élu républicain Tom Cole. "Je ne l'imagine pas changer de style pour faire plaisir aux républicains".



(©AFP / 14 septembre 2017 18h43)
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