En Floride, les maisons préfabriquées paient un lourd tribut à Irma

Les dégâts occasionés par l'ouragan Irma sur des maisons préfabriquées, le 11 septembre 2017 à Naples en Floride / © AFP / NICHOLAS KAMM
Des morceaux d'aluminium tordus de ce qui fut une toiture jonchent le jardin de Donald Larcom, mais ce retraité dit ignorer de quelle maison ils proviennent. Dans le lotissement de préfabriqués où il vit en Floride, l'ouragan Irma a semé la dévastation.

Le vent a arraché des pans complets de certaines de ces bâtisses bon marché, construites sans fondations et alignées sur des gazons proprets. L'eau a envahi les rues, dans lesquelles flottent des matériaux légers: bois aggloméré, polystyrène expansé. Rares sont les arbres à encore tenir droit.

Simplement posées sur des briques ou des parpaings puis amarrées, prêtes à être démontées rapidement ou déménagées sur le plateau d'un camion, les maisons préfabriquées figurent parmi les images traditionnelles de l'American way of life.

Comme leurs cousines les mobile homes, elles évoquent l'idée d'un confort accessible aux classes populaires, dans des communautés où les voisins se connaissent tous. On les associe également fréquemment à des destinations de villégiature, aux heures paisibles de la retraite.

Le lotissement "Rivages enchantés" où vivent Donald et sa femme Marie est situé dans la cité balnéaire de Naples, à l'écart du centre historique où se trouvent les villas cossues. On ne trouve ni jeunes parents ni enfants sur le site, seulement des personnes âgées de plus de 55 ans. Les rues portent des noms de pierres précieuses: améthyste, saphir, turquoise...

Deux tiers des maisons ne sont occupées que de novembre à Pâques, par des Américains retraités qui fuient le froid des Etats du Nord.

- Charpente légère -

Certains devront renoncer à cette transhumance hivernale, leur demeure ayant été pilonnée par la fureur d'Irma. D'autres, dont celle du couple Larcom, s'en sont mieux sorties, restant globalement intactes.

Donald offre l'explication suivante: les "vieilles" maisons n'ont pas résisté, car elles ont été assemblées avant que le risque ouragan ne soit vraiment pris en compte.

"A partir du début des années 1990, à l'époque du passage de l'ouragan Andrew (1992, NDLR), ils ont tout doublé (au niveau de la solidité)", assure-t-il. Ainsi, les fines tiges de bois de la charpente sont selon lui passées d'une épaisseur de 5X5 cm à 5X10 ou 5X15 cm.

Désignant du doigt des maisons âgées d'une vingtaine d'années seulement, il ajoute: "Celles-ci sont conçues pour résister à des vents de 175 km/h".

Problème, le souffle d'Irma a souvent dépassé cette vitesse au cours du périple meurtrier de l'ouragan, des Caraïbes jusqu'à sud-ouest des Etats-Unis où il a été finalement rétrogradé en tempête tropicale.

Donald, qui a travaillé 32 ans chez General Motors, estime que sa maison pèse 15 à 20 tonnes tout compris. "Ce n'est rien quand on reçoit un vent de 210 ou de 230 km/h", admet-il.

Juste à côté, les bourrasques ont couché sur le flanc un imposant mobile home, véritable maison sur roues. Certains résidents ne sont pas assurés, car l'assurance anti-ouragan est coûteuse.

Une maison préfabriquée neuve se vend ici 110.000 à 225.000 dollars, car le terrain est cher dans le sud-ouest de la Floride. Une maison d'occasion s'achète pour 60.000 à 100.000 dollars.

Lors du passage du cyclone, les Larcom sont allés se mettre en sécurité, en emportant tous leurs objets chers. "J'en étais malade. Je me disais que j'allais rentrer chez moi et que ma maison ne serait plus là", confie Donald, qui confesse avoir éclaté en sanglots en la retrouvant.

Stasia Walsh, une septuagénaire qui n'avait pas trouvé de place dans un refuge, a elle dû rester dans le lotissement tout le temps de l'apocalypse.

- Dans le placard -

Suivant à la lettre les consignes diffusées par son transistor à piles, elle s'est terrée avec son époux le plus au centre possible de leur maison préfabriquée, dans un placard capitonné d'un matelas.

Le couple avait fixé sur les fenêtres des protections métalliques anti-ouragan, et c'est donc pratiquement à l'aveugle qu'ils ont subi, terrifiés, les coups de boutoir d'Irma. Ils ont entendus le vent littéralement déchirer leur auvent de parking et semer le chaos alentour.

Mais au final leur logis de trois chambres a, comme celui des Larcom, bien résisté et ne s'est pas envolé. La maison bénéficie d'un ancrage renforcé dans le sol.

"Nous avons un excellent amarrage, un double amarrage: celui quand nous avons acheté la maison (en 1997), et puis il y a quelques années l'Etat de Floride a proposé un programme pour les maisons construites, je crois après 1994, et qui permettait, après avoir monté un dossier et passé un entretien, de bénéficier d'un amarrage supplémentaire", relate Mme Walsh.

"Je rends grâce à Dieu pour cette épreuve et pour nous avoir permis d'y survivre", poursuit-elle.



(©AFP / 13 septembre 2017 10h31)
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