Erdogan soulève de vieux différends à Athènes, pas décidée à l'écouter

Le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre grec Alexis Tsipras à Athènes, le 7 décembre 2017 / © AFP / LOUISA GOULIAMAKI
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a profité jeudi d'une visite historique en Grèce pour ranimer, sans grand succès, la discussion sur les vieux différends gréco-turcs et accuser de nouveau l'Europe de ne pas remplir ses promesses vis-à-vis d'Ankara dans le cadre du pacte UE-Ankara sur les réfugiés.

Venu à Athènes pour la première visite en 65 ans d'un chef d'Etat turc, et avec la volonté affichée par les deux pays d'améliorer leurs relations, M. Erdogan a consacré une partie de sa rencontre avec le président Prokopis Pavlopoulos à formuler des doléances.

Alors notamment que la Turquie a conclu en mars 2016 avec l'UE un pacte qui a eu l'effet de considérablement limiter le nombre d'arrivées de réfugiés en Grèce depuis les côtes turques, M. Erdogan s'est plaint que "les promesses de l'Union européenne ne soient pas encore réalisées en matière (d'aide) économique (...) alors que nous respectons nos engagements" en ce qui concerne le pacte.

M. Erdogan a aussi réitéré la demande d'une "mise à jour" du traité de Lausanne, signé par plusieurs pays en 1923 et définissant des frontières en Europe et au Moyen Orient.

"Dans le traité il y a des questions en suspens et des choses non compréhensibles, il a été signé il y a 94 ans, non seulement par la Grèce et la Turquie mais par 11 pays, et il faut une mise à jour", a insisté M. Erdogan.

M. Pavlopoulos, l'un des meilleurs juristes grecs, ancien professeur à la Faculté de droit d'Athènes, a rejeté poliment mais fermement toute modification : "le traité n'est pas négociable, il n'a besoin ni de révision ni de mise à jour", a-t-il répondu.

Il a souligné que les traités peuvent être "interprétés et non pas révisés, selon le droit".

- 'Je ne suis pas professeur de droit' -

"Je ne suis pas professeur de droit, mais je connais le droit de la politique, et dans ce domaine le terme de révision des Traités existe", a rétorqué M. Erdogan.

Il a enchaîné en déplorant que les droits de la minorité musulmane dans le nord-ouest de la Grèce, forte de 120.000 personnes, "ne soient pas respectés en vertu du traité de Lausanne".

En particulier, Athènes continue de nommer les muftis, dirigeants religieux de cette minorité, et "ne laisse pas la minorité le faire", a regretté le président turc.

Ayant déjà visité la Grèce à deux reprises lorsqu'il était Premier ministre, en 2004 et 2010, M. Erdogan doit se rendre vendredi dans cette région de Thrace.

Après plusieurs décennies de rapports houleux qui ont même failli dégénérer en affrontements en 1996, la Grèce et la Turquie ont entamé un dégel, initié en 1999 par l'aide d'Athènes à la Turquie après un séisme ayant dévasté Istanbul, mais ces différends demeurent.

Dans une interview à la chaîne de télévision grecque Skai mercredi soir, M. Erdogan avait de nouveau critiqué le Traité de Lausanne en demandant que soient revues les mesures de calculs des espaces nationaux aériens et maritimes turcs et grecs en mer Egée.

Athènes avait sèchement réagi, le porte-parole du gouvernement estimant que l'interview "soulevait de sérieuses préoccupations et questions".

"Le gouvernement grec et le Premier ministre (Alexis Tsipras, ndlr) souhaitent que la visite soit l'occasion de construire des ponts, pas d'élever des murs. Le respect du Traité de Lausanne est la pierre angulaire exclusive et non négociable sur laquelle peut se construire la coopération sincère des deux pays", avait souligné Dimitris Tzanakopoulos.

M. Tsipras, qui poursuivait des discussions avec M. Erdogan jeudi après-midi, lui a adressé des paroles de bienvenue apaisantes. "La visite du président turc intervient à un moment où nous faisons face à des défis dans notre région, la crise en Syrie (…) la tension entre la Turquie et l'UE, il faut construire un dialogue", a dit M. Tsipras.

Il a admis les anciens différends entre les deux pays, mais souhaité néanmoins que cette visite ouvre "un nouveau chapitre entre la Grèce et la Turquie".

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(©AFP / 07 décembre 2017 15h19)
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