Espagne: la fête nationale endeuillée en pleine crise catalane

Manifestation pour l'unité à Barcelone lors de la fête nationale, le 12 octobre 2017 / © AFP / JORGE GUERRERO
En pleine crise catalane, l'Espagne célébrait jeudi sa fête nationale, endeuillée par la mort d'un pilote dans le crash d'un avion de combat, alors que des milliers de personnes défilaient à Barcelone en faveur de l'unité du pays.

Le Premier ministre Mariano Rajoy et le roi Felipe VI ont assisté à la traditionnelle parade militaire le long du boulevard du Paseo de la Castellana à Madrid pour commémorer l'arrivée de Christophe Colomb en Amérique en 1492.

Mais l'humeur n'est pas franchement à la fête en Espagne, confrontée à sa plus grave crise politique depuis le retour de la démocratie en 1977, avec la volonté de divorce des indépendantistes au pouvoir en Catalogne.

D'autant que la journée a été endeuillée par la mort d'un pilote dans l'accident de son Eurofighter après avoir participé au défilé aérien de la fête nationale. L'avion de combat s'est écrasé pendant sa manoeuvre d'approche à l'atterrissage à la base aérienne de Los Llanos près de la ville d'Albacete, à 300 km au sud-est de la capitale.

Au même moment, ils étaient plusieurs milliers à défiler dans les rues de Barcelone en scandant des messages hostiles aux dirigeants indépendantistes.

"Puigdemont en prison" criaient les manifestants en référence au président régional Carles Puigdemont, qui a organisé le dimanche 1er octobre un référendum d'autodétermination en dépit de l'opposition de Madrid et entend rendre indépendante cette région de 7,5 millions d'habitants, divisée sur la sécession.

Mercredi, Madrid a lancé un ultimatum au président séparatiste, lui donnant jusqu'à lundi 10H00 (08H00 GMT) pour "clarifier" sa position sur l'indépendance.

- 'Défendre l'unité' -

Si M. Puigdemont persiste, le gouvernement lui accordera un délai supplémentaire jusqu'au jeudi 19 octobre à 10H00 pour faire machine arrière, avant de prendre le contrôle de la Catalogne comme le lui permet l'article 155 de la Constitution.

La suspension de l'autonomie serait considérée par beaucoup de Catalans comme un affront. Elle pourrait déclencher des troubles dans cette région très attachée à sa langue et sa culture et qui avait récupéré son autonomie après la mort du dictateur Francisco Franco (1939-1975).

Jeudi, les opposants à l'indépendance ont souhaité montrer que "la Catalogne n'appartient pas" aux séparatistes, selon les mots de Laura Peña, employée de 26 ans dans une boutique de vêtements qui défilait à Barcelone.

"Tous les ans nous sortons avec le drapeau espagnol le jour de la fête nationale, mais encore plus cette année parce que nous devons défendre l'unité nationale. L'indépendance de la Catalogne nous affecterait tous, pas seulement ceux qui vivent en Catalogne", ajoutait Raquel Martinez, une étudiante de 18 ans née en Andalousie (sud).

La tension entre les deux camps monte depuis l'organisation du référendum interdit par la justice, émaillé de violences policières.

Les séparatistes disent l'avoir remporté avec 90% des voix et une participation de 43%, des chiffres invérifiables en l'absence d'une commission électorale indépendante.

Prudence et proportionnalité

M. Puigdemont a déclaré mardi soir devant le Parlement régional avoir reçu un "mandat des citoyens de Catalogne" pour déclarer unilatéralement l'indépendance.

Le leader séparatiste, qui a ensuite signé le texte sans qu'il soit soumis au vote, a suspendu la déclaration pour laisser une chance au dialogue et à une médiation qu'il appelle de ses voeux.

"Il n'y a pas de médiation possible entre la loi démocratique et la désobéissance, l'illégalité", a répondu M. Rajoy avec fermeté.

Le gouvernement espagnol a reçu le soutien du Parti socialiste, principal parti d'opposition, avant d'enclencher l'article 155 de la Constitution.

Les deux partis ont par ailleurs trouvé un accord pour étudier dans les mois à venir une réforme de la Constitution afin de tenter de résoudre la crise.

"L'article 155 est une disposition qui est assez large, on peut la moduler et c'est certainement ce que le gouvernement va faire dans une action qui est toujours guidée par la prudence et la proportionnalité", a déclaré jeudi le ministre des Affaires étrangères Alfonso Dastis, ajoutant: "nous espérons qu'il n'y aura pas besoin d'utiliser la force".

Une arrestation de Carles Puigdemont et de son entourage dans le cadre d'une enquête judiciaire déjà ouverte pour sédition n'est pas exclue non plus, même si M. Dastis a dit espérer "ne pas en arriver à cela".

Madrid a déjà pris en septembre une mesure exceptionnelle en mettant sous tutelle les finances de la Catalogne, et de nombreuses entreprises, inquiètes de l'insécurité juridique, ont déménagé leurs sièges sociaux hors de la région.



(©AFP / 12 octobre 2017 14h39)
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