Henrik de Danemark, le comte girondin qui voulait être roi

Henrik de Danemark, à Cahors dans le Lot, le 13 août 2015 / © AFP/Archives / PASCAL PAVANI
Henrik de Danemark, époux de la reine Margrethe II mais jamais roi, est décédé mardi soir à 83 ans, et un mois de deuil a été déclaré par la maison royale.

Né Henri Marie Jean André de Laborde de Monpezat, il s'est éteint à 23h18 entouré de sa femme et de leurs deux fils, a annoncé le palais royal mercredi. Le lieu de l'inhumation n'a pas été précisé.

"Le prince Henrik a représenté le Danemark avec excellence. Son engagement était communicatif, et ses connaissances énormes, où qu'il soit", se souvient le Premier ministre danois Lars Løkke Rasmussen.

Le président français Emmanuel Macron a rendu hommage à son implication en faveur de la "longue et inaltérable amitié entre la France et le Danemark, deux nations dont l'alliance ne fut jamais rompue".

Henrik avait été rapatrié fin janvier alors qu'il se trouvait en villégiature en Egypte, et hospitalisé pour une infection pulmonaire avant d'être transféré vers le château de Fredensborg pour "vivre ses derniers instants", selon un communiqué publié mardi.

Le 9 février, son fils aîné, le prince héritier, avait interrompu son voyage en Corée du Sud dans le cadre des JO pour se rendre au chevet de son père dont l'état de santé s'était dégradé.

- Un prince retraité -

En septembre, la maison royale danoise avait annoncé qu'il souffrait de "démence", dont la maladie d'Alzheimer est une forme fréquente. Le diagnostic précis n'avait pas été révélé.

Depuis le 1er janvier 2016, Henrik était retraité, libéré de ces obligations officielles qu'il honorait diversement selon son humeur.

"Les controverses ont marqué son histoire au Danemark et sa relation avec la population danoise", selon sa biographe Stephanie Surrugue.

En avril 2015, il s'était fait porter pâle lors des célébrations du 75e anniversaire de la reine, mais avait été aperçu à Venise quelques jours après, s'attirant railleries et foudres de la presse à grand tirage.

Et l'été dernier, il avait publiquement fait savoir qu'il refusait d'être inhumé avec sa femme dans la nécropole royale de la cathédrale de Roskilde, comme le sont traditionnellement les couples royaux.

N'ayant pas obtenu le titre et la fonction qu'il convoitait, il arguait qu'il n'était pas son égal dans la vie et ne souhaitait pas l'être dans la mort.

Né le 11 juin 1934 à Talence, près de Bordeaux (sud-ouest de la France), le jeune et fringant comte avait épousé en juin 1967 Margrethe, couronnée en janvier 1972.

Il passe ses premières années en Indochine où son père administre les plantations familiales. La guerre les chasse définitivement du Vietnam, même s'il reviendra passer son bac à Hanoï.

Il embrasse ensuite la carrière diplomatique et c'est à Londres qu'il rencontre Margrethe, alors héritière de la couronne danoise.

En l'épousant, il change de prénom, renonce à sa nationalité française pour devenir danois et abjure sa foi catholique pour le protestantisme. Surtout, il se résigne bon gré mal gré à mettre ses pas dans ceux de Margrethe que ses sujets adorent.

"J'accepte de jouer le jeu. Mais c'est très dur pour un homme de ne pas être considéré sur le même plan que son épouse", admet-il dans ses mémoires, "Destin oblige", publiés en 1997.

- Vin et Citroën -

D'autant plus dur que le "Français", met du temps avant de se faire accepter.

"Tout ce que je faisais était critiqué. Mon danois était bancal. Je préférais le vin à la bière, les chaussettes en soie aux chaussettes en tricot, les Citroën aux Volvo, le tennis au football".

Ce n'est qu'en 1984, douze ans après l'accession au trône de son épouse qu'il obtient son propre apanage, prélevé sur celui de la Reine.

Quelque 13 ans plus tard, il remplace pour la première fois la souveraine, malade, lors d'une visite au Groenland.

"J'étais en première ligne! Je n'étais plus l'ombre, le deuxième, la silhouette, le clown, le toutou!", s'était-il amusé par la suite.

En 2002, nouveau drame: la reine Margrethe grippée demande au prince héritier, Frederick, de la remplacer pour la lecture des voeux.

Ni une ni deux, le prince-consort quitte Copenhague furieux pour se réfugier dans sa propriété vinicole de Cayx (ou Caïx) dans le Lot où il était très impliqué.

Henrik, également sculpteur, a publié plusieurs recueils de poésie, dont certains ont été illustrés par Margrethe, peintre et plasticienne respectée.



(©AFP / 14 février 2018 09h41)
News les plus lues