Iran, acier: les 28 en front uni face aux "caprices" de Trump

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, (g), à Bruxelles le 15 mai 2018, avec le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres / © AFP / JOHN THYS
Les dirigeants des pays européens se sont concertés mercredi soir à Sofia pour affûter leur réponse collective aux "caprices" du président américain Donald Trump dans les dossiers du nucléaire iranien et du commerce international.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, les a appelés à former "un front uni" lors d'un dîner de travail de trois heures dans la capitale bulgare, au menu chargé, qui s'est achevé aux alentours de 23H00 (21H00 GMT).

"Nous sommes témoins aujourd'hui d'un nouveau phénomène, l'attitude capricieuse de l'administration américaine", a dénoncé le dirigeant polonais, avant la début de la réunion. "Quand on regarde les dernières décisions du président Trump, on pourrait même se dire qu'avec de tels amis, pas besoin d'ennemis", a-t-il ajouté.

Les fortes turbulences dans les relations transatlantiques ont constitué le plat de résistance du dîner, prélude d'un sommet jeudi consacré aux liens que l'UE veut renforcer avec les pays des Balkans.

Si aucune décision concrète n'était prévue mercredi soir, les 28 ont cherché avant tout à afficher une unité sans faille face aux défis américains, notamment celui du retrait de l'accord sur le nucléaire iranien et des sanctions frappant leurs entreprises opérant dans ce pays.

Cet accord "est d'une importance primordiale pour la paix dans la région concernée et, au-delà, pour la paix mondiale", a insisté mercredi le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, après une rencontre à Bruxelles avec le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.

Donald Tusk a demandé aux trois pays européens signataires de l'accord nucléaire avec l'Iran, la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne, de partager leur évaluation de la situation mercredi soir, au lendemain d'une réunion à Bruxelles avec le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Zarif.

La Première ministre Theresa May a fait savoir que son pays était "déterminé" à faire en sorte que l'accord soit respecté tant que l'Iran honorait ses engagements, selon sa porte-parole.

Les Européens, qui entendent protéger leurs intérêts économiques liés à la reprise des échanges commerciaux avec Téhéran, discuteront de la possibilité d'appliquer une loi dite "de blocage", un instrument permettant de protéger leurs entreprises travaillant en Iran face aux menaces de sanctions extraterritoriales américaines.

- 'Moyens limités' -

"Les moyens sont là, nous les utiliserons. Mais il ne faut pas se voiler la face, les moyens sont limités", a toutefois prévenu M. Juncker. A ses côtés, M. Guterres a souhaité que "ces mesures puissent avoir du succès".

Le géant français Total a d'ores et déjà averti qu'il mettrait fin à son grand projet gazier en Iran, démarré en juillet 2017, à moins d'obtenir une dérogation de la part des autorités américaines, avec le soutien des autorités françaises et européennes.

M. Juncker devait par ailleurs présenter un état des lieux des discussions en cours avec les Américains au sujet des droits de douane sur l'acier et l'aluminium.

"Mon objectif est simple: rester fermes. Cela signifie une exemption permanente" de ces taxes douanières, a réaffirmé mercredi Donald Tusk. "Il est absurde de penser que l'UE pourrait être une menace pour les États-Unis. Nous devons ramener la réalité dans cette discussion", a-t-il ajouté.

L'UE est exemptée jusqu'au 31 mai à minuit des taxes douanières américaines de 25% sur ses exportations d'acier et de 10% sur celles d'aluminium. Pour l'exempter définitivement, Washington exige une plus grande ouverture du marché européen.

- 'Importance capitale' -

Les Européens étudient plusieurs scénarios pour mettre un terme à ce conflit et la Commission a récemment ouvert la porte à une discussion sur un accord commercial "restreint", qui couvrirait uniquement des droits de douane sur des produits industriels et agricoles.

L'Allemagne est favorable à une telle ouverture, contrairement à la France, qui craint de voir ressurgir le spectre du très impopulaire TTIP (ou Tafta), le grand accord commercial au point mort depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Certains pays semblent également prêts à accepter des quotas de la part des Etats-Unis, une solution qualifiée d'"étrange" par d'autres.

La chancelière allemande Angela Merkel s'est voulue réaliste: "Malgré toutes les difficultés que nous rencontrons ces jours-ci, les relations transatlantiques sont et resteront d'une importance capitale", a-t-elle plaidé devant le parlement allemand avant de rejoindre Sofia.

Outre l'Iran et le commerce, les 28 avaient aussi prévu de parler mercredi soir des événements à Gaza, qui sont aussi liés "à la question plus vaste des conséquences des décisions de Donald Trump", a souligné un haut responsable européen.

Jeudi, les Européens vont rencontrer leurs homologues de six pays des Balkans (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Macédoine et Kosovo) pour raffermir les liens avec cette région où la Russie tente d'étendre son influence.

"C'est la première fois depuis 15 ans que l'UE rencontre ses partenaires de la région sous ce format", souligne une source européenne, tout en précisant qu'il ne sera pas question de parler d'élargissement.



(©AFP / 16 mai 2018 23h16)


News les plus lues