Israël: nouvelle journée de tous les dangers pour la coalition de Netanyahu

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au Parlement israélien le 12 mars 2018 / © AFP / Menahem KAHANA
Tombera, tombera pas? Israël vit une nouvelle journée de suspense quant à l'avenir de son gouvernement, dépendant des intérêts particuliers de ses membres, à commencer par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, cerné par des enquêtes sur des affaires de corruption présumée.

Au lendemain d'un psychodrame politique et parlementaire qui les a ballottés d'une hypothèse à l'autre, les commentateurs inclinent mardi pour un éclatement prématuré de la coalition sur laquelle repose le gouvernement considéré comme le plus à droite de l'histoire d'Israël.

Ils s'accordent sur un point: si un homme semble convaincu d'avoir tout à gagner de législatives anticipées organisées le plus tôt possible, et bien avant l'échéance prévue de novembre 2019, c'est M. Netanyahu.

Des sondages publiés par deux chaînes de télévision indiquent que, malgré les investigations policières, son parti, le Likoud, remporterait 29 ou 30 sièges sur 120, soit autant que dans le Parlement sortant. Il devancerait ainsi largement son principal concurrent, le parti centriste Yesh Atid, actuellement dans l'opposition.

Dans sa course contre la montre avec la justice et l'opinion publique, M. Netanyahu peut difficilement espérer être dans une position plus favorable qu'aujourd'hui si les électeurs se rendent aux urnes, notent les observateurs.

Il est visé directement ou indirectement par une série d'investigations pour corruption présumée. La police a recommandé son inculpation dans deux dossiers. Un troisième, l'affaire dite Bezeq, nom du plus grand groupe israélien de télécommunications, pourrait se révéler encore plus dangereux.

- Epouvantail électoral -

Trois proches ou anciens proches du Premier ministre, dépositaires d'informations potentiellement embarrassantes, ont accepté de coopérer avec les enquêteurs en échange de la clémence judiciaire.

Les adversaires de M. Netanyahu et nombre de ses alliés le soupçonnent d'avoir provoqué ou laissé enfler la crise entre les partis de sa coalition à des fins de survie politique dont il est un spécialiste.

Des policiers interviennent contre des juifs ultra-orthodoxes opposés au service militaire obligatoire, le 12 mars 2018 à Bnei Brak, près de Tel-Aviv / © AFP / Ahmad GHARABLI
Une victoire dans des élections anticipées compliquerait son éviction du gouvernement en cas d'inculpation.

Le procureur général devrait prendre au moins plusieurs semaines avant de décider ou non d'inculper M. Netanyahu. Des élections pourraient être tenues au plus tôt le 26 juin.

Très peu des alliés de M. Netanyahu semblent eux avoir intérêt à retourner aux urnes avant l'heure.

Une crise aiguë et imprévisible a cependant éclaté sur un sujet qui cristallise de longue date les divisions entre laïcs et religieux: l'exemption de service militaire des étudiants ultra-orthodoxes des écoles talmudiques.

Dans un pays habitué aux guerres, où l'armée est une institution centrale, l'exemption de conscription dont bénéficient les ultra-orthodoxes depuis la création d'Israël est mal perçue par les autres groupes sociaux.

Une décision de la Cour suprême en septembre 2017 a remis en cause l'exception ultra-orthodoxe. Les partis représentant ces juifs qui observent rigoureusement les règles de leur religion et qui comptent pour 10% de la population, ont menacé de ne pas voter le budget 2019 sans l'adoption d'une loi maintenant l'exemption.

- 'Effort suprême' -

Le ministre des Finances Moshe Kahlon et le ministre de la Défense Avigdor Lieberman, chefs de deux autres partis de l'alliance gouvernementale et opposés à l'exemption, ont mis leur démission dans la balance contre les ultra-orthodoxes.

Le ministre de la Défense Avigdor Lieberman, le 19 décembre 2017, sur la base militaire de Re'im. Il compte s'opposer à l'exemption de service militaire pour les étudiants ultra-orthodoxes. / © AFP/Archives / JACK GUEZ
Ces derniers ont finalement accepté lundi de voter le budget si une loi d'exemption recevait une approbation préalable de la part d'un comité ministériel puis du Parlement, quitte à ce que le vote final soit reporté à l'été.

Mais le ministre de la Défense a prévenu qu'il combattrait le texte jusqu'au bout.

Son parti, Israël Beiteinou, laïc et nationaliste, a commencé par contester l'un des premiers termes du compromis de coalition avec les ultra-orthodoxes: l'adoption du texte lundi matin par le comité ministériel.

Le gouvernement a rendez-vous avec son avenir quand ce comité se réunira à nouveau mardi en fin d'après-midi autour du projet de loi contesté. Puis, dans la soirée, ce devrait être le tour des députés d'examiner en plénière la proposition de loi, ainsi que le budget.

M. Netanyahu a assuré à plusieurs reprises vouloir que la mandature aille à son terme.

"S'il doit y avoir des élections, nous ferons campagne et nous ferons ce qu'il faut pour gagner, mais nous n'en sommes pas là", a-t-dit devant le Parlement lundi soir.

"Il est tard, mais pas trop tard, et nous devons livrer un effort final et suprême pour assurer la pérénnité", a-t-il ajouté.



(©AFP / 13 mars 2018 13h20)


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