Italie: les populistes s'emploient à mettre la dernière main à leur programme commun

Le leader du M5S Luigi di Maio (à droite) et la présidente du groupe M5S au Parlement Giulia Grillo quittent une réunion avec le président italien Sergio Mattarella, le 14 mai 2018 à Rome / © AFP / ANDREAS SOLARO
Les populistes italiens ont assuré jeudi être dans la dernière ligne droite avant la formation du premier gouvernement antisystème dans un pays fondateur de l'Union européenne.

Les chefs de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et la Ligue (extrême droite), Luigi Di Maio et Matteo Salvini, se sont à nouveau réunis pour tenter de s'accorder sur les derniers arbitrages de leur programme commun et sur le profil et le nom du futur chef du gouvernement.

"Le contrat sera formellement conclu ce soir. M. Salvini et moi, nous ne nous verrons plus pour le contrat", a déclaré Luigi Di Maio à la presse.

Cette énième rencontre entre les deux leaders a permis "de dénouer les noeuds politiques du contrat" et d'ajouter "quelques passages sur la sécurité et l'immigration", a ajouté M. Di Maio, en précisant que le nom du chef du gouvernement serait déterminé "dans les prochains jours".

Une nouvelle réunion "technique" entre des représentants des deux partis devait encore se tenir dans l'après-midi.

"Je travaille pour vous et je jure que j'y mets toutes mes forces", a déclaré jeudi Matteo Salvini dans un tweet depuis l'avion qui le mène dans le Val d'Aoste (nord), où se tiennent dimanche des élections régionales. Luigi Di Maio est attendu lui aussi vendredi dans cette région autonome, à statut spécial.

Deux mois et demi après les législatives du 4 mars, qui n'ont pas débouché sur une majorité claire, les deux partis ont annoncé mercredi soir avoir rédigé un "contrat pour le gouvernement du changement" en 22 points et 40 pages, sur lequel il restait cependant des points de désaccord.

Plusieurs ébauches de ce document ont fuité ces derniers jours dans la presse mais les responsables des deux formations protestataires ont systématiquement assuré que celles publiées étaient "dépassées".

La version la plus ancienne, qui datait de lundi matin et évoquait une sortie de l'euro, a déclenché une vague d'inquiétude qui n'est pas retombée: après avoir plongé de 2,3% mercredi, la Bourse de Milan était en recul de 0,33% jeudi après-midi, tirée vers le bas par les banques dont la BMPS (-10%), désormais détenue par l'Etat et dont les deux partis envisagent de "redéfinir la mission", sans plus de précision.

Quant au spread -- l'écart très regardé en Italie entre les taux d'emprunt italien et allemand à dix ans -- il pointait à 152 points, contre 151 mercredi et 131 mardi.

- Italexit -

L'éventualité d'un "Italexit" n'apparaît néanmoins plus noir sur blanc dans les dernières versions du programme de gouvernement publiées jeudi par les médias italiens.

Exit aussi la demande d'effacer quelque 250 milliards d'euros de dette publique italienne détenus par la Banque centrale européenne.

En revanche, une "flat tax", un impôt sur le revenu ramené à 15 et 20%, un revenu de citoyenneté, promesse du M5S qui a contribué à son succès dans le sud du pays, et une réforme des retraites assouplissant les conditions actuelles, sont toujours à l'ordre du jour.

Alors que l'âge du départ à la retraite doit passer à 67 ans en 2019, le programme commun devrait introduire un "barème 100", à savoir la possibilité de prendre sa retraite lorsque la somme de l'âge et des années de cotisation atteint 100.

L'ensemble de ces mesures pourrait coûter plusieurs dizaines de milliards d'euros, sans que l'on sache encore avec précision comment leur financement pourra être assuré.

Dans un message au vitriol sur le site du M5S, Alessandro Di Battista, chef de file de l'aile la plus contestataire du mouvement, a appelé le M5S et la Ligue à faire preuve de "courage" face aux "marchés fantômes".

"Ecoutez ce qui se dit dans les bars, sur les marchés, dans les bureaux des petites entreprises, dans les universités et les salles d'attente des médecins de famille, pas ce qui sort des conseils d'administration des banques d'affaires", a-t-il lancé.

MM. Di Maio et Salvini ont promis que le programme commun serait soumis au vote des militants des deux formations, sur internet pour le M5S -- dès vendredi selon certains médias -- et sur des stands à travers le pays samedi et dimanche pour la Ligue.

Quant au futur président du Conseil, les deux chefs de file restent très discrets. M. Di Maio a seulement évoqué "une personnalité politique qui sera choisie par les deux forces et aura un mandat bien défini".



(©AFP / 17 mai 2018 17h06)
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