Jared Kushner, l'influence silencieuse de la Maison Blanche

Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, à Buenos Aires le 30 novembre 2018 / © AFP/Archives / SAUL LOEB
Rassemblés à la Maison Blanche autour d'une table présidée par Donald Trump, une vingtaine de responsables politiques américains se sont présentés tour à tour avec enthousiasme cette semaine. Mais c'est l'un des rares participants à rester silencieux qui a attiré tous les regards: Jared Kushner.

L'homme n'a pas besoin d'être présenté. "Jared, vous le connaissez", a lancé le président américain au groupe de gouverneurs et de leurs équipes.

Sans un mot, ce brun âgé de 37 ans, à la silhouette élancée et au long visage pâle, a souri timidement et fait un signe pour que l'intervenant suivant prenne la parole.

Marié à la fille du président républicain, Ivanka Trump, Jared Kushner occupe à la Maison Blanche un poste de conseiller aux contours flous. Il lui permet d'intervenir sur de nombreux sujets, depuis un plan de paix pour le Proche-Orient, encore mystérieux, jusqu'à la réforme des prisons.

Ivanka Trump aussi est conseillère. Elle accompagne souvent à ce titre son père dans l'avion présidentiel Air Force One, et participe avec son époux à de nombreuses réunions dans le Bureau ovale.

Mais même les observateurs aguerris de ce puissant couple, parfois surnommé "Javanka", ont été surpris par les rumeurs selon lesquelles le gendre de Donald Trump était en lice pour devenir chef de cabinet de la Maison Blanche.

Après la nomination vendredi soir de Mick Mulvaney comme chef de cabinet par intérim, il semble moins probable que le milliardaire choisisse son gendre pour remplacer définitivement John Kelly.

L'exécutif avait pris soin de ne pas démentir complétement la rumeur. "Je n'ai pas connaissance qu'il soit envisagé, mais je pense que tous autant que nous sommes ici reconnaitrons qu'il serait formidable dans n'importe quel rôle que le président choisirait de lui attribuer", a commenté jeudi Sarah Sanders, porte-parole de la Maison Blanche.

Alors que les départs se succèdent au 1600 Pennsylvania Avenue et que d'anciens fidèles, comme l'ancien avocat personnel Michael Cohen, se retournent contre le président devant les enquêteurs et la justice, Jared Kushner reste parmi les solides alliés de Donald Trump.

La seule idée qu'il puisse être désigné a soulevé une vague de commentaires ironiques sur le népotisme du président.

"Ah oui, bien sûr, c'est la méritocratie classique des républicains: où la personne la plus intelligente, la plus travailleuse et la mieux placée pour le poste est aussi, comme par hasard, votre gendre", a lancé sur Twitter la jeune élue démocrate à la Chambre des représentants, Alexandria Ocasio-Cortez.

Jared Kushner et sa femme Ivanka Trump le 30 octobre 2018, prêts à embarquer dans l'hélicoptère présidentiel depuis la pelouse de la Maison Blanche / © AFP / MANDEL NGAN
- "Génie" ou handicap? -

Le nom de Jared Kushner est également apparu dans un autre épisode de la saga autour du prochain bras droit de Donald Trump.

Le républicain Chris Christie s'est publiquement retiré vendredi de la course au poste de chef de cabinet. Et les observateurs de souligner son handicap majeur auprès d'un Donald Trump, qui adore sa fille et son gendre: lorsqu'il était procureur dans les années 2000, Chris Christie avait envoyé Charles Kushner, père de Jared, en prison pour des délits financiers.

Pour Nikki Haley, l'ambassadrice américaine sortante auprès des Nations unies, Jared Kushner est un "génie caché que personne ne comprend". Cela se voulait un compliment, et cela lui a valu une avalanche de commentaires amusés sur ces aptitudes supposées.

Car son bilan à la Maison Blanche est pour l'heure mitigé.

Comme son beau-père milliardaire, Jared Kushner connaît bien le monde de l'immobilier, lui qui avait pris les rênes des affaires familiales après l'incarcération de son père. Mais avant son arrivée à Washington, il n'avait pratiquement aucune expérience politique ou diplomatique.

Juif orthodoxe, il a pourtant été chargé d'une mission historique, sur laquelle nombre de diplomates expérimentés se cassent les dents depuis des décennies: élaborer un plan de paix israélo-palestinien.

Son projet pourrait enfin être dévoilé en début d'année prochaine. Mais de nombreux analystes sont sceptiques, alors que l'administration Trump a indigné les Palestiniens avec sa diplomatie pro-israélienne et le transfert hautement controversé de son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem.

Jared Kushner a d'autre part forgé une relation étroite dans la région avec le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane. Un lien qui pose beaucoup de questions depuis l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.



(©AFP / (15 décembre 2018 11h03)