La Suède renonce aux poursuites contre Julian Assange pour viol

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, réfugié à l'ambassade d'Equateur, le 19 mai 2017 à Londres / © AFP / Daniel LEAL-OLIVAS
Il criait au complot: la justice suédoise a classé vendredi l'enquête pour viol visant Julian Assange, qui devra pourtant patienter avant de sortir de l'ambassade d'Equateur à Londres où il s'est réfugié en 2012.

Si le mandat d'arrêt européen est levé, la police britannique a prévenu qu'elle serait "obligée" d'arrêter Julian Assange s'il sortait de l'ambassade, au motif qu'il avait enfreint en 2012 les conditions de sa liberté sous caution au Royaume-Uni.

Pour ce qui concerne le volet suédois, "l'affaire Assange" se conclut sur un fiasco judiciaire et valide la stratégie de l'obstruction systématique mise en oeuvre par ses nombreux avocats pour lui éviter de comparaître devant un tribunal.

À trois ans de la prescription, la procureure suédoise Marianne Ny a donc annoncé avoir classé l'enquête et requis la levée du mandat d'arrêt européen que Julian Assange tentait de faire annuler depuis 2010.

"Toutes les possibilités de faire avancer l'enquête ont été épuisées (...) et il n'apparaît plus proportionné de maintenir la demande de placement en détention provisoire par défaut de Julian Assange ni le mandat d'arrêt européen", a-t-elle fait valoir.

L'abandon des poursuites "ne résulte pas d'un examen complet des éléments de preuve" et la justice suédoise "ne se prononce pas sur la question de la culpabilité", a remarqué la procureure.

Génie persécuté pour les uns, manipulateur paranoïaque pour les autres, Julian Assange a toujours récusé les accusations de viol. Sauf coup de théâtre, il restera à jamais présumé innocent.

Victoire totale

Malgré son soulagement manifeste, l'Australien a lancé sur Twitter qu'il "n'oublie pas et ne pardonne pas" d'avoir été "détenu pendant sept ans", dont cinq dans des conditions spartiates à l'ambassade d'Équateur à Londres.

"Détenu pendant sept ans sans charges pendant que mes enfants grandissaient et que mon nom était traîné dans la boue. Je ne pardonne pas et n'oublie pas", a-t-il tweeté.

Julian Assange dénonce une manœuvre pour le faire extrader vers les Etats-Unis, où il risque d'être poursuivi pour la publication de documents militaires et diplomatiques confidentiels.

L'administration de Donald Trump a affirmé en avril que son arrestation était une "priorité" et selon des médias locaux, les États-Unis sont en train de monter un dossier d'accusation.

En février 2016 déjà, un groupe de travail de l'ONU critiquait la lenteur de l'enquête et appelait la Suède et le Royaume-Uni à indemniser l'ex-hacker pour "détention arbitraire".

"C'est une victoire totale pour Julian Assange", s'est pour sa part réjoui son avocat suédois, Per Samuelsson. Son client, a-t-il indiqué à l'AFP, souhaite recevoir l'asile en Equateur. "C'est le seul endroit où il est en sécurité".

Quito a salué la décision de la justice suédoise et appelé le Royaume-Uni à laisser Julian Assange quitter son territoire sans être inquiété.

"Le mandat d'arrêt européen n'est plus valide. Le Royaume-Uni doit fournir une sortie sûre à M. Julian Assange", a affirmé sur Twitter le ministre équatorien des Affaires étrangères, Guillaume Long.

Prescription

Mais la menace d'une arrestation a tempéré les ardeurs de son entourage. "La Grande-Bretagne annonce qu'elle arrêtera Assange quoi qu'il arrive et refuse de confirmer ou de démentir qu'elle a déjà reçu une demande d'extradition des Etats-Unis", a tweeté WikiLeaks.

A Stockholm, l'accusatrice de l'Australien, "choquée", a dénoncé un "scandale" et maintenu sa version.

"Aucune décision pour classer l'affaire ne peut changer le fait qu'Assange a commis sur elle un viol", a déclaré son avocate, Elisabeth Fritz, dans un mail à l'AFP.

Âgée d'une trentaine d'années à l'époque des faits, elle a porté plainte le 20 août 2010 contre Julian Assange, qu'elle avait rencontré au cours d'une conférence de WikiLeaks à Stockholm quelques jours auparavant. Elle l'accuse d'avoir engagé un rapport sexuel non protégé pendant qu'elle dormait dans la nuit du 16 au 17 août.

Julian Assange soutient qu'elle était consentante et avait accepté de ne pas utiliser de préservatif. C'est ce qu'il a redit à un procureur équatorien, en présence d'une magistrate suédoise, lors de son audition à l'ambassade d'Equateur en novembre.

Cet interrogatoire, négocié des mois durant par les deux parties, n'aura finalement pas changé la donne.

L'instruction suédoise, notamment retardée par le refus de M. Assange d'être entendu en Suède, aura pris près de sept ans. La plainte d'une autre jeune Suédoise pour une agression sexuelle à la même époque à Stockholm a été frappée par la prescription en 2015.



(©AFP / 19 mai 2017 18h03)
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