La chrétienne Asia Bibi libérée mais toujours au Pakistan

La Pakistanaise Asia Bibi, chrétienne condamnée à mort pour blasphème en 2010 après une dispute avec des femmes de son village, puis acquittée en 2018, sur une photo non datée fournie le 1er novembre par l'ONG association britannique des chrétiens du Pakistan / © British Pakistani Christian Association/AFP/Archives / Handout
La Pakistanaise Asia Bibi, libérée de prison dans la nuit de mercredi à jeudi suite à son acquittement par la Cour suprême, se trouve désormais dans un "endroit sûr" mais toujours dans le pays.

"Elle est toujours au Pakistan", a indiqué à l'AFP un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Muhammad Faisal, alors que certains médias avaient fait état d'un départ immédiat dans la nuit pour l'étranger.

"Elle se trouve dans un endroit sécurisé au Pakistan", a ajouté M. Faisal lors d'un point presse en milieu de journée.

"#AsiaBibi a quitté la prison et a été transférée dans un endroit sûr! Je remercie les autorités pakistanaises", avait auparavant tweeté le président du Parlement européen, Antonio Tajani, ajoutant l'attendre "dès que possible avec son mari et sa famille" à Bruxelles.

La vie de Mme Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010 et acquittée la semaine dernière est considérée comme en grave danger dans le pays du fait des extrémistes islamistes qui rejettent le verdict de la Cour suprême.

L'entrée de la prison de Multan, dans le centre du Pakistan, où la chrétienne Asia Bibi était détenue, le 7 novembre 2018n / © AFP / SS MIRZA
Sa famille avait sollicité ces derniers jours l'aide de plusieurs pays occidentaux pour les accueillir. Son sort a suscité une grande mobilisation dans les pays occidentaux ces dernières années.

L'annonce de sa libération a d'ores et déjà provoqué la fureur des milieux islamistes radicaux qui appellent de longue date à son exécution. Une grande manifestation est prévue jeudi à Karachi, la grande ville du sud du Pakistan. D'autres pourraient suivre vendredi.

Le Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP), un parti religieux connu pour sa ligne particulièrement dure en matière de blasphème a indiqué qu'il allait réunir sa direction jeudi pour "analyser toute la situation", a indiqué son porte-parole Pir Ijaz Ashrafi à l'AFP.

"Je serai clair: nous avons suspendu les manifestations, nous n'y avons pas mis fin", a-t-il dit.

Manifestation d'islamistes contre l'acquittement d'Asia Bibi, le 31 octobre 2018 à Lahore, au Pakistan / © AFP/Archives / ARIF ALI
Le TLP était au coeur de la vague de protestation qui a suivi l'acquittement de Mme Bibi, paralysant le pays pendant trois jours la semaine dernière et poussant le gouvernement du Premier ministre Imran Khan à signer un accord controversé avec ses chefs de file.

L'exécutif s'était ainsi engagé à lancer une procédure visant à interdire à Asia Bibi de quitter le territoire et à ne pas s'opposer à un recours contre le verdict déposé par un religieux.

Ce compromis lui a valu de vives accusations de "reddition" face aux extrémistes. De nombreux observateurs ont comparé l'épisode à un autre bras-de-fer sur le blasphème en novembre 2017 entre le TLP et le gouvernement précédent, qui s'était soldé par la démission forcée d'un ministre.

"Pas une seule goutte de sang n'a été versée pendant ces trois jours et le sit-in s'est achevé par des négociations pacifiques", a justifié jeudi le secrétaire d'Etat à l'Intérieur Shehryar Khan Afridi devant le Parlement.

La Pakistanaise chrétienne Asia Bibi à la prison de Sheikhupura, le 20 novembre 2010 au Pakistan / © PUNJAB GOVERNOR'S HOUSE/AFP/Archives / HANDOUT
- Requête d'asile -

Le calvaire de Mme Bibi, ouvrière agricole chrétienne âgée d'une cinquantaine d'années et mère de famille, remonte à une dispute avec des villageoises musulmanes au sujet d'un verre d'eau en 2009. Elle avait été condamnée l'année suivante à mort pour blasphème et ses recours tous rejetés.

Son cas avait ému la communauté internationale, attirant l'attention des papes Benoît XVI et François. L'une de ses filles a rencontré ce dernier à deux reprises.

Le mari d'Asia Bibi a réclamé samedi l'asile pour sa famille aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Canada, arguant d'un trop grand danger s'ils restaient au Pakistan.

L'avocat pakistanais Saif-ul-Mulook s'adresse à des journalistes à La Haye, le 5 novembre 2018 / © AFP/Archives / JOHN THYS
"Je demande au président Donald Trump de nous aider à partir. Après cela, je demande à la Première ministre britannique (Theresa May) de faire de son mieux pour nous aider", a déclaré Ashiq Masih dans un message vidéo. Le mari d'Asia Bibi a également sollicité l'"aide" du Premier ministre canadien Justin Trudeau.

Mercredi, une autre vidéo de M. Masih a été mise en ligne par l'association italienne catholique Aiuto alla chiesa che soffre (Aide à l'Eglise qui souffre), dans laquelle il appelle le gouvernement italien à l'aide pour les faire sortir du Pakistan, où les conditions de vie deviennent selon lui très difficiles.

Après ce message, le Premier ministre italien Matteo Salvini a tweeté qu'il ferait "tout ce qu'il est humainement possible pour garantir un avenir à cette femme".

La France "étudie" de son côté sous quelle forme elle pourrait aider ou accueillir la chrétienne "avec (ses) partenaires européens et internationaux", a déclaré sa secrétaire d'Etat en charge de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa.

La maire de Paris Anne Hidalgo s'est dite lundi "prête à l'accueillir" avec sa famille dans la capitale française.

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(©AFP / (08 novembre 2018 10h02)


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