Négociations du Brexit: une "impasse préoccupante" mais des avancées possibles

Le négociateur en chef de l'UE sur le Brexit Michel Barnier, à Strasbourg (Est), le 3 octobre 2017 / © AFP/Archives / PATRICK HERTZOG
Confronté à une "impasse préoccupante" dans les discussions avec le Royaume-Uni, le négociateur en chef de l'UE Michel Barnier a toutefois estimé jeudi que des "avancées décisives" étaient possibles dans les deux prochains mois.

"Je reste persuadé (...) qu'avec une volonté politique, des avancées décisives sont à notre portée dans les deux mois qui viennent", a assuré M. Barnier lors d'une conférence de presse à Bruxelles après trois journées de négociations avec les Britanniques sur les conditions du divorce entre Londres et l'Union européenne.

Le cinquième cycle de discussions n'a toujours pas permis de progresser de façon significative, a cependant reconnu l'ancien ministre français.

"Cette semaine, nous avons travaillé dans un esprit constructif, nous avons clarifié certains points, pour autant nous n'avons pas fait de grands pas en avant", a-t-il constaté.

De son côté, la Première ministre Theresa May, en déplacement dans le nord-ouest de l'Angleterre, a salué "tout le travail" investi dans les tractations, en particulier "sur les sujets où nous sommes très proches d'un accord, comme le droit des citoyens".

La question du règlement financier, c'est-à-dire le paiement par le Royaume-Uni de ses engagements financiers dans l'UE, s'est révélée particulièrement problématique au cours du cinquième cycle de négociations qui s'est achevé jeudi, selon Michel Barnier.

"Nous sommes sur cette question dans une impasse qui est extrêmement préoccupante", a-t-il expliqué.

Le solde que devra verser le Royaume-Uni est officieusement évalué côté européen entre 60 et 100 milliards d'euros, selon les sources.

Les négociateurs européens ne demandent pour l'instant pas d'engagement chiffré à Londres, mais un accord de principe sur une méthode de calcul, encore loin d'être atteint.

Conséquence de cette impasse, Michel Barnier a d'ores et déjà annoncé qu'il ne serait "pas en mesure" de recommander aux dirigeants des 27 pays restant dans l'UE de passer à la phase suivante des discussions, lors du prochain sommet européen les 19 et 20 octobre.

Cette nouvelle étape, portant sur la future relation entre les deux parties, est réclamée impatiemment par le Royaume-Uni. Le ministre britannique en charge du Brexit David Davis a d'ailleurs exhorté les dirigeants des 27, malgré les déclarations de son homologue européen, à s'engager.

- Faire 'un pas en avant' -

"Alors que les regards se tournent vers le sommet européen d'octobre la semaine prochaine, j'espère que les Etats membres vont reconnaître les progrès que nous avons faits, et faire un pas en avant" afin d'ouvrir des discussions sur la nature du futur partenariat entre Londres et l'UE, a déclaré M. Davis.

"Nous serons prêts, nous le souhaitons, le plus vite possible", a répondu M. Barnier.

Mais cela se fera "dès que nous aurons pu franchir la première étape qui n'a rien à voir avec la relation future", a-t-il ajouté, en allusion à la volonté de finaliser d'abord un "retrait ordonné".

L'UE exige, avant de passer à toute discussion approfondie, d'avoir enregistré des "progrès suffisants" dans trois dossiers prioritaires: le règlement financier du divorce, le sort des expatriés et les conséquences du Brexit pour l'Irlande.

Mais pour David Davis, par exemple, le cas de l'Irlande et de la frontière avec la province britannique d'Irlande du Nord ne peut être séparé de la nature de la future relation.

"C'est l'une des raisons pour laquelle nous ne pouvons encore résoudre toutes les questions, jusqu'à ce que l'on sache exactement ce que seront les arrangements finaux sur la situation douanière et le marché unique", a-t-il avancé en conférence de presse.

Les dirigeants européens ont multiplié ces dernières semaines les déclarations laissant entendre que le calendrier idéalement envisagé - faire un point sur les avancées lors du sommet d'octobre - ne pourrait pas être tenu.

Mardi, le président du Conseil européen Donald Tusk avait dit espérer pouvoir le faire en décembre, lors du sommet suivant.

En y apportant, toutefois, une nuance.

"S'il s'avère que les discussions continuent à un rythme lent et que des progrès suffisants ne sont pas enregistrés, alors, avec nos amis britanniques, nous devrons réfléchir à la direction que nous prenons", avait lancé M. Tusk, qui préside l'instance regroupant les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union.



(©AFP / 12 octobre 2017 16h37)
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