Nom de la Macédoine: une solution à portée de main selon Skopje et Athènes

Le Premier ministre macédonien Zoran Zaev (g) et son homologue grec Alexis Tsipras à Sofia, le 17 mai 2018 / © AFP / ludovic MARIN
La Macédoine et la Grèce se sont rapprochées jeudi d'une solution dans la querelle politico-sémantique sur le nom de l'ex-république yougoslave, à l'approche d'une décision européenne sur la possible ouverture des négociations d'adhésion de Skopje à l'UE.

Le Premier ministre macédonien Zoran Zaev a indiqué jeudi qu'une "solution acceptable" avait été trouvée avec son homologue grec Alexis Tsipras dans ce dossier qui bloque le processus d'adhésion de la Macédoine à l'Union européenne et à l'Otan.

Mais les "succès obtenus" doivent être confirmés, a-t-il précisé, après un entretien avec M. Tsipras en marge du sommet EU-pays des Balkans. "Nous allons avoir des consultations dans nos pays (respectifs, ndlr) pour voir si cette solution est possible", a-t-il expliqué.

Pour sa part, le Premier ministre grec s'est montré plus réservé. "Nous ne sommes pas encore en position de parler d'accord", "nous avons couvert le plus gros de la distance, mais il y en a encore à parcourir", a-t-il assuré.

Évoquant une possible nouvelle rencontre début juin, M. Tsipras a renvoyé la balle dans le camp macédonien pour le dernier pas à franchir: "Le temps s'écoule dans le sablier pour une ouverture des négociations, le 25 juin, et donc il faudra très bientôt avoir une évolution", a-t-il lancé.

Les Balkans et l'Union européenne / © AFP / Simon MALFATTO
Candidate depuis 2005, la Macédoine a obtenu fin avril une recommandation de la Commission européenne pour une ouverture inconditionnelle des négociations d'adhésion, sur laquelle une réunion européenne doit trancher le 25 juin.

Mais tout comme l'intégration à l'Otan, celle-ci se heurte au différend vieux d'un quart de siècle avec la Grèce, qui dénie à son petit voisin le droit de s'appeler "Macédoine", nom porté par sa province septentrionale.

L'arrivée au pouvoir à Skopje de Zoran Zaev à la place du nationaliste Nikola Gruevski, il y a un an, a permis de relancer les discussions entre les deux pays.

Les pourparlers se heurtent néanmoins à l'opposition de franges nationalistes de l'opinion dans les deux pays, qui ont organisé des manifestations d'opposants des deux côtés de la frontière.

Manifestation à Athènes contre tout compromis sur le nom de la Macédoine, le 4 février 2018 / © AFP/Archives / LOUISA GOULIAMAKI
La rencontre des Premiers ministres à Sofia avait été annoncée samedi par le médiateur de l'ONU, Matthew Nimetz, à l'issue d'une rencontre de six heures entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays, leur troisième en trois semaines.

- "Des progrès importants" -

Le gouvernement grec avait toutefois d'emblée modéré les attentes avant la rencontre Tsipras-Zaev. "C'est très possible qu'il y ait un nouveau tour de négociations pour combler la distance qui sépare les deux parties", avait souligné mardi le porte-parole du gouvernement Dimitris Tzanakopoulos lors d'un point de presse.

Les deux hommes s'étaient déjà vus en marge du sommet de Davos en janvier. M. Zaev avait alors annoncé, en signe de bonne volonté, que la principale autoroute macédonienne et l'aéroport international de Skopje, tous deux nommés "Alexandre-le-Grand" -au grand courroux d'Athènes pour qui ce roi de l'Antiquité est seulement grec- seraient débaptisés.

La statue d'Alexandre le Grand à Tessalonique en Grèce le 17 janvier 2018 / © AFP/Archives / SAKIS MITROLIDIS
La Grèce, qui bloque depuis l'indépendance de l'Etat voisin en 1991 sa reconnaissance internationale sous le nom de Macédoine, ne le nommant officiellement qu'ARYM (Ancienne République yougoslave de Macédoine), est prête à accepter "un nom composé comprenant le terme de Macédoine", par exemple Haute-Macédoine.

Mais côté grec, la condition majeure est que la Constitution du pays voisin soit révisée, pour intégrer le changement de nom et imposer son usage en interne. M. Tsipras a laissé entendre que c'était encore sur ce point que l'entente butait, alors que le gouvernement macédonien ne dispose pas de la majorité parlementaire nécessaire à ce changement.

Pour contourner l'obstacle, la Grèce a indiqué être prête à enclencher un accord prévoyant un délai pour la révision constitutionnelle.

Une source proche du gouvernement macédonien ayant requis l'anonymat a pour sa part affirmé récemment que "la difficulté principale actuellement" reste "l'appellation de la langue macédonienne".

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(©AFP / 17 mai 2018 17h28)


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