Philippines: Duterte annonce le retrait de son pays de la CPI

Le président philippin Rodrigo Duterte, le 9 février 2018 à Davao, sur l'île de Mindanao / © AFP/Archives / -
Le président philippin Rodrigo Duterte a annoncé mercredi le retrait de l'archipel du traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI), qui se penche sur sa politique meurtrière contre la drogue.

"Je déclare (...) que les Philippines révoquent leur ratification du Statut de Rome avec effet immédiat", a dit le président dans un communiqué.

La cour établie à La Haye a annoncé début février l'ouverture d'un "examen préliminaire", étape préalable à une enquête, sur la campagne antidrogue menée par M. Duterte.

Cette politique sème l'inquiétude dans les rangs de la communauté internationale.

Elu dans un fauteuil en 2016, le président Duterte avait promis d'éradiquer le trafic de drogue en faisant abattre des dizaines de milliers de délinquants.

Depuis son élection, près de 4.000 trafiquants et usagers de drogue présumés ont été tués par la police, d'après les statistiques officielles.

Les défenseurs des droits de l'homme affirment qu'il faut en fait multiplier par trois ces chiffres pour obtenir le bilan réel des morts.

Accusé d'encourager les tueries par ses propos incendiaires, M. Duterte a remis en question le choix des Philippines comme premier pays d'Asie du Sud-Est placé sous examen préliminaire de la seule instance permanente chargée de juger les crimes de guerre.

"Il y a tellement de massacres qui ont lieu dans tous les coins d'Asie et vous me choisissez. Vous feriez mieux de faire disparaître ça parce que je me retirerai de la CPI", avait-il prévenu.

- 'Attaques scandaleuses' -

L'examen préliminaire doit permettre à la procureure de la Cour Fatou Bensouda de déterminer s'il existe "une base raisonnable" pour ouvrir éventuellement une enquête.

La CPI a été créée en 1998 par un traité signé à Rome. Elle est chargée en particulier des crimes contre l'humanité, génocides et crimes de guerre.

L'archipel avait ratifié le traité en 2011 sous le mandat du prédécesseur de M. Duterte, Benigno Aquino, octroyant à la CPI l'autorité pour enquêter sur des crimes commis sur son sol.

M. Duterte, un ancien avocat, a dénoncé mercredi "l'examen préliminaire" de la CPI, l'accusant d'avoir été lancé "avec l'intention de nuire".

"Il est clair que la CPI est utilisée comme un outil politique contre les Philippines", a-t-il dit, évoquant des "attaques scandaleuses, sans précédent ni fondement, contre (son) gouvernement et (sa) personne".

"Les actes présumés que j'aurais commis ne constituent ni un génocide ni un crime de guerre", a-t-il martelé. Les décès sont "survenus durant des opérations de police légitimes" et "n'étaient pas prémédités".

Dès le 13 octobre 2016, alors que M. Duterte n'était au pouvoir que depuis quatre mois, Mme Bensouda s'était déclarée "profondément préoccupée" par les informations sur les meurtres extrajudiciaires de milliers de trafiquants et toxicomanes présumés.

La pression sur les Philippines s'est accrue en février lorsque le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève a évoqué le bilan de l'archipel en la matière avec le ministre islandais des Affaires étrangères Gudlaugur Thor Thordarson, appelant Manille à accepter la visite d'un rapporteur spécial des Nations unies.

Les autorités philippines s'étaient initialement déclaré prêtes à coopérer mais avaient demandé une investigation équitable.

Le porte-parole de M. Duterte, Harry Roque, avait quant à lui affirmé que la CPI n'était pas compétente. Elle est destinée à être un "tribunal de dernier recours" or la justice philippine fonctionne parfaitement bien, a-t-il assuré.



(©AFP / 14 mars 2018 10h08)


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