"Plus jamais ça": le cri des élèves américains contre les armes

Des élèves forment un cercle à New York pour demander une réforme de la législation sur les armes à feu / © AFP / TIMOTHY A. CLARY
"Protégez notre avenir, pas les armes à feu": des dizaines de milliers d'élèves américains ont interrompu mercredi la classe et exigé du président Donald Trump des mesures pour prévenir de nouvelles tueries dans les écoles.

De New York à Los Angeles, de Chicago jusqu'à Houston, ces adolescents avaient minutieusement préparé des pancartes et répété des slogans, pour cet événement baptisé "National School Walkout". Pour beaucoup, c'était leur première manifestation.

Des centaines de collégiens et de lycéens ont ainsi afflué vers la Maison Blanche à Washington. "Les prières, cela ne suffit pas", ont-ils crié à l'intention du président américain.

Cette mobilisation visait aussi à rendre hommage aux victimes d'un massacre au fusil semi-automatique dans un lycée de Floride, un mois jour pour jour après le drame.

L'interruption des cours a débuté à 10H00 et était censée durer 17 minutes, soit une minute pour chacune des 17 personnes tuées par balle le 14 février à Parkland. Mais, dans de nombreuses écoles, les élèves ont dépassé cette durée.

Alexander Bove, un lycéen de 16 ans, a oeuvré durant trois semaines pour rameuter ses camarades de son lycée de Bethesda, dans l'Etat du Maryland.

"Nous espérons faire avancer la cause de la législation sur les armes à feu, plus précisément l'interdiction des bump stocks (dispositifs qui permettent de tirer en rafales, NDLR), l'interdiction des fusils d'assaut, empêcher nos sénateurs et représentants de toucher de l'argent de la NRA", le puissant lobby des armes, a-t-il expliqué.

Des élèves manifestent à Arlington en Virginie pour réclamer des réformes sur les armes à feu et rendre hommages aux 17 victimes abattues dans un lycée de Floride le 14 février / © AFP / Andrew CABALLERO-REYNOLDS
- 'Les prières ne sont pas pare-balles' -

Face à la Maison Blanche, les élèves ont scandé des slogans hostiles à la NRA.

"Les pensées et les prières n'arrêtent pas les balles", affichait un panneau brandi par une adolescente. Certains jeunes se sont assis, les larmes aux yeux, à l'évocation des adolescents morts en Floride.

Ils ont ensuite rallié la colline du Capitole, siège du Congrès. Dans une initiative symbolique, 7.000 paires de chaussures avaient été déposées mardi devant l'imposant bâtiment, en hommage aux 7.000 enfants tués par arme à feu depuis cinq ans.

"Nous voulons montrer au Congrès et aux hommes politiques que nous n'approuvons pas, que nous n'allons pas continuer à rester silencieux", confiait Brenna Levitan, une lycéenne de 17 ans. "Parkland va être la dernière fusillade".

Plusieurs dizaines de membres du Congrès sont venus à la rencontre des jeunes manifestants. Parmi ces élus, l'ex-candidat à la primaire démocrate Bernie Sanders a été applaudi comme une rock star.

Plusieurs dizaines de milliers d'élèves américains ont quitté leurs salles de classe le 14 mars 2018 pour exiger des mesures concrètes contre les armes à feu, notamment à Washington / © AFP / SAUL LOEB
Les armes à feu font plus de 30.000 morts par an aux Etats-Unis.

Les organisateurs de la "National School Walkout" sont issus de la Women's March, un mouvement spontané qui avait rassemblé le 21 janvier 2017 des millions de manifestants opposés à l'accession à la Maison Blanche de Donald Trump.

- Réseaux sociaux mobilisés -

Ils ont battu le rappel avec les mots d'ordre #Enough (Cela suffit) et #NeverAgain (plus jamais ça) sur les réseaux sociaux.

Le mouvement se déclare résolument opposé à "toute législation qui viserait à fortifier les écoles avec davantage d'armes".

Or c'est justement dans cette voie que l'exécutif s'est engagé lundi. La Maison Blanche a présenté une série de propositions qui ne prévoient ni de bannir les fusils semi-automatiques, ni de relever de 18 à 21 ans l'âge légal d'achat de ces armes.

Des élèves du lycée Washington-Lee à Arlington (Virginie) portent des affiches avec chacune des 17 personnes tuées à Parkland le 14 février 2018 / © AFP / Andrew CABALLERO-REYNOLDS
En revanche, l'administration a promis de former au maniement des armes des enseignants volontaires et de renforcer la présence des policiers et gardes armés dans les écoles.

"Armer les enseignants est tout simplement une mauvaise idée", jugeait Farah Parmah, 17 ans, devant le Capitole. "S'il se passe quelque chose, le professeur aura-t-il le courage de tirer ?"

A New York, une cinquantaine d'initiatives se sont déroulées. Au lycée Edward Murrow de Brooklyn, qui a plus de 4.000 élèves, le maire démocrate Bill de Blasio est venu encourager les participants qui s'étaient affublés d'accessoires orange, la couleur associée à l'événement.

"Prenez-vous la main et pas les armes", "Ecoutez vos enfants", ont scandé les adolescents.

"Il faut des lois contre les armes. Nous comprenons que des gens aient besoin (d'une arme) pour protéger leur famille, mais cela est devenu incontrôlable", estimait Katherine Volovik, 17 ans.

Coïncidence du calendrier, Nikolas Cruz, le tireur du lycée de Parkland, devait comparaître mercredi pour sa mise en accusation formelle. Les procureurs de Floride ont annoncé leur intention de requérir la peine de mort à l'encontre du jeune homme de 19 ans.

Les élèves américains ont prévu de se retrouver à nouveau le samedi 24 mars pour un grand rassemblement contre les armes à feu à Washington, ainsi que dans des dizaines d'autres grandes villes américaines.



(©AFP / 14 mars 2018 18h14)


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