Présidentielle au Brésil : opération séduction à la TV pour Bolsonaro et Haddad

Le candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro, favori pour le 2e tour de l'élection présidentielle du 28 octobre au Brésil, salue l'assistance lors d'une conférence de presse à Rio de Janeiro le 11 octobre 2018. / © AFP / Mauro Pimentel
Les candidats au second tour de la présidentielle au Brésil tentaient d'adoucir leur image dans un climat de polarisation extrême, avec la diffusion vendredi des premiers spots télévisés dans lesquels ils pourront recentrer leur discours pour ratisser le plus large possible.

Grand favori de son face-à-face du 28 octobre contre le candidat de gauche Fernando Haddad, Jair Bolsonaro, 63 ans, a affirmé jeudi soir au cours d'une conférence de presse qu'il n'était "pas d'extrême droite" et se voyait plutôt comme "un admirateur de Donald Trump".

Arrivé largement en tête du premier tour dimanche dernier, avec 46% des voix, cet ex-capitaine de l'armée qui fait régulièrement l'éloge de la dictature militaire a été crédité mercredi de 58% des intentions de vote par le premier sondage de l'entre-deux tours.

Fernando Haddad, 55 ans, qui a obtenu 29% des suffrages dimanche, se contente de 42% dans l'enquête d'opinion de l'institut Datafolha, mais ne désespère pas de rattraper son retard.

- "Signal d'alarme" -

Une foi inébranlable démontrée lors de sa participation dans la matinée à Sao Paulo (sud-est) à une messe dédiée à Nossa Senhora Aparecida, la sainte patronne du Brésil, dont tout le pays célèbre le jour férié vendredi.

Portant un jean et une chemise rose, il est apparu devant des dizaines de caméras pour toucher le vierge noire placée sur l'autel d'une petite église du centre de la plus grande ville du pays.

"J'avais 4% des intentions de vote il y a 30 jours, Aujourd'hui nous sommes à 42%. Il ne nous en manque plus que huit", a-t-il répété à des journalistes après la cérémonie.

Le candidat de gauche pour le tour décisif de l'élection présidentielle brésilienne, le 28 octobre, s'exprimant lors d'une conférence de presse à Brasilia, le 11 octobre 2018. / © AFP / EVARISTO SA
"Nous avons 15 jours pour lutter pour un Brésil meilleur. Nous allons accueillir les gens avec un message de paix et d'amour", a ajouté celui qui a remplacé il y a un mois en tant que candidat du Parti des Travailleurs (PT) l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, incarcéré pour corruption et déclaré inéligible.

Jeudi, Fernando Haddad s'était déjà engagé à ajuster "le plus possible" son "programme de gouvernement" pour répondre aux préoccupations des catholiques, au cours d'une rencontre avec le secrétaire général de la Confédération nationale des évêques du Brésil (CNBB), Leonardo Steiner.

Une façon de montrer qu'il peut être à l'écoute d'un électorat plus conservateur, face à un adversaire qui l'accuse régulièrement de vouloir transformer le Brésil en Venezuela.

C'est le ton que Jair Bolsonaro voulait donner dans le premier espace de campagne officielle qui lui était consacré vendredi matin à la radio. "Le rouge n'a jamais été le couleur de l'espoir. C'est un signal d'alarme qui montre ce dont nous ne voulons pas pour notre pays", affirme-t-il.

Dans l'extrait sonore de Fernando Haddad, Lula n'est pas mentionné une seule fois, alors qu'il était cité de façon récurente pendant le premier tour.

- Privés de débat -

Mais les deux candidats doivent atteindre une audience bien plus importante avec leur premiers spots officiels pour la télévision, diffusés à la mi-journée.

Brésil: "Je ne suis pas d'extrême droite", clame Bolsonaro / © AFP / Florence Goisnard
"La campagne télévisée sera plus importante qu'au premier tour, parce qu'elle devrait enfin leur permettre de parler de leur programme", a affirmé Otavio Guedes, un chroniqueur politique de la chaîne de télévision Globonews, déplorant le fait que la campagne ne soit axée jusque-là que sur des attaques personnelles.

La grande nouveauté pour cet entre-deux tours est que les deux candidats disposent du même temps de parole : cinq minutes chacun. Au cours de la campagne qui a précédé le premier tour, ce temps d'antenne était attribué selon le poids des partis au parlement. Si M. Haddad bénéficiait de plus de deux minutes, son adversaire n'avait que huit petites secondes.

Cela ne l'a pas empêché de toucher de nombreux électeur en étant omniprésent sur les réseaux sociaux. Il compte plus de sept millions d'abonnés sur Facebook.

Une façon plus pratique pour lui de s'adresser directement aux électeurs, notamment après l'attentat à l'arme blanche qui a failli lui coûter la vie le 6 septembre et l'a cloué sur un lit d'hôpital jusqu'à la fin du mois dernier.

Son état de santé l'a aussi privé de débats télévisés, même si ces adversaires l'accusent d'utiliser ce prétexte pour éviter la confrontation directe. Le premier débat de l'entre-deux tours, prévu jeudi, a été annulé.

M. Bolsonaro a admis qu'il était possible qu'il ne se rende pas aux débats pour des raisons "stratégiques".



(©AFP / (12 octobre 2018 17h53)


News les plus lues