Présidentielle au Monténégro : Djukanovic proche de la victoire

Milo Djukanovic, candidat à l'élection présidentielle du Parti des démocrates socialistes au pouvoir au Monténégro, vote à Podgorica le 15 avril 2018nnn / © AFP / SAVO PRELEVIC
Le dirigeant historique du Monténégro, Milo Djukanovic, semble se diriger vers une victoire dès le premier tour de la présidentielle dimanche soir, pour retrouver la direction de ce pays des Balkans candidat à l'entrée dans l'Union européenne.

Il avait quitté son poste de Premier ministre en octobre 2016, après avoir dirigé quasiment sans interruption le Monténégro pendant un quart de siècle.

D'après l'analyse de près des deux tiers des bureaux, il recueillait vers 19H00 GMT environ 53,5% des suffrages, selon l'ONG indépendante Centre for Monitoring (CEMI), chargée d'annoncer les résultats préliminaires.

Alors que les législatives de 2016 avaient été marquées par l'arrestation d'une vingtaine de militants anti-Otan, accusés d'avoir voulu fomenter un coup d'Etat, le scrutin s'est cette fois déroulé dans le calme.

Biljana Popovic, du Centre pour la transition démocratique, une des ONG chargées de surveiller le vote, a fait état de "quelques irrégularités qui, jusqu'à présent, ne sont pas de nature à influer sur l'élection".

Depuis 1991, Milo Djukanovic, un allié de l'Occident, a été six fois Premier ministre et une fois président (1998-2003) de ce pays de 620.000 habitants.

- "Pas d'alternative" -

"Je vais gagner aujourd'hui", a dit l'intéressé après avoir voté.

Mladen Bojanic, candidat de l'opposition à l'élection présidentielle au Monténégro, s'adresse aux médias devant un bureau de vote à Podgorica le 15 avril 2018 / © AFP / SAVO PRELEVIC
Il a conduit le Monténégro à l'indépendance de la Serbie en 2006 puis à l'adhésion à l'Otan, effective depuis l'an passé au grand dam de Moscou mais aussi d'une partie des Monténégrins, en majorité slaves et orthodoxes.

Aujourd'hui âgé de 56 ans, Milo Djukanovic entend désormais conduire son pays à l'adhésion à l'Union européenne.

Si la victoire de cet économiste qui mesure près de deux mètres se confirmait, le poste aujourd'hui honorifique de président redeviendra le siège réel du pouvoir.

Son titulaire actuel, Filip Vujanovic, est un de ses proches, membre de son parti des démocrates socialistes (DPS).

A Podgorica, où vit plus du tiers de la population, les affiches de Djukanovic, "leader, homme d'Etat, président de tous les citoyens", ont occupé la majorité des panneaux publicitaires, laissant la portion congrue à ses six adversaires.

Soutenu par les principaux partis d'opposition, prorusses ou non, son adversaire le plus dangereux est un homme d'affaires de 56 ans, Mladen Bojanic. Il semblait devoir emporter un tiers des suffrages, selon les premier résultats.

Dimanche, il avait appelé à "mettre un terme au règne d'un autocrate qui veut transformer le Monténégro en dictature".

Un homme s'apprête à voter pour désigner le prochain président du Monténégro, à Podgorica le 15 avril 2018 / © AFP / SAVO PRELEVIC
Sasa Jankovic, un ingénieur de 55 ans, aimerait "voir quelqu'un d'autre dans le siège présidentiel" que Milo Djukanovic. Mais il ne se fait guère d'illusion: "C'est un peu triste: je n'ai vu la domination que d'un homme. Et c'est encore plus triste qu'il n'y ait actuellement pas d'alternative".

Quant au seul candidat ouvertement prorusse, Marko Milacic, un journaliste de 32 ans, il ne recueillerait qu'environ 3% des suffrages.

"Il y a le sentiment que la Russie comprend les limites de son influence sans renoncer à long terme", estime l'expert Zlatko Vujovic, directeur du centre pour le suivi du scrutin (CEMI).

- Difficultés économiques -

Milo Djukanovic a d'ailleurs modéré sa rhétorique hostile au Kremlin, prêt à "mettre en place des relations normales avec la Russie, si celle-ci est aussi prête à le faire".

Les autorités judiciaires monténégrines ont accusé des institutions russes d'être derrière la tentative de coup d'Etat d'octobre 2016, ce que Moscou réfute.

De son côté, l'opposition a attaqué Milo Djukanovic sur le poids de la criminalité organisée, sur fond de règlements de comptes entre trafiquants. Elle l'accuse de longue date d'entretenir des liens avec les milieux criminels.

Dans un pays où le chômage dépasse 20%, Milo Djukanovic s'est engagé à multiplier par deux en quelques années le salaire moyen, actuellement de 500 euros. Cet engagement, a-t-il plaidé, ne sera tenu que si le Monténégro ne dévie pas de son chemin vers l'UE.



(©AFP / 15 avril 2018 21h28)


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