Présidentielle tchèque: le pro-russe Zeman défié par des libéraux

Une bonne soeur vote dans le monastère Albrechtice, en République Tchèque, le 13 janvier 2018 / © AFP / RADEK MICA
Les électeurs ont fini de voter samedi en République tchèque pour le premier tour de l'élection présidentielle pressenti comme un plébiscite du chef de l'Etat sortant pro-russe Milos Zeman, 73 ans, défié par des candidats libéraux et pro-européens.

Les premiers résultats significatifs sont attendus dans l'après-midi. Les deux candidats qui obtiendront le plus grand nombre de voix s'affronteront au second tour prévu les 26 et 27 janvier.

Selon les estimations de l'agence CTK, le taux de participation à ce scrutin, qui avait débuté vendredi, était d'environ 60%, un résultat comparable à la présidentielle de 2013.

M. Zeman, qui bénéficie notamment du soutien des milieux ruraux, fait figure de favori devant l'ex-patron pro-européen de l'Académie des Sciences Jiri Drahos, 68 ans, préféré par les milieux intellectuels des grandes villes.

Toutefois, selon un sondage, M. Drahos, auquel ses contestataires reprochent un manque d'expérience politique, pourrait l'emporter au second tour, grâce aux reports de voix.

Sept autres candidats étaient en lice, notamment l'homme d'affaires Michal Horacek, l'ancien Premier ministre de droite Mirek Topolanek ou l'ancien ambassadeur en France, Pavel Fischer.

Le président tchèque Milos Zeman s'apprête à voter à Prague le 12 janvier 2018 / © AFP / Michal Cizek
"Mirek Topolanek a été un bon Premier ministre (en 2006-2009) et aussi ses relations avec l'UE à l'époque de notre présidence tournante (au premier semestre 2009) ont été correctes", explique à l'AFP Martin Skacelik, commissaire aux comptes.

L'ingénieur pragois, Michal Crkva a choisi de voter pour un médecin et activiste, novice en politique, Marek Hilser, 41 ans. "Il est jeune et énergique et pourrait apporter à cette république un nouveau +drive+", il a estimé.

- Attaque d'une "sextrémiste" -

Le premier jour du scrutin vendredi, a été marqué par une attaque d'une jeune militante ukrainienne du groupe féministe radical Femen qui s'est ruée, torse nu, sur M. Zeman dans son bureau de vote.

Elle a crié plusieurs fois "Zeman - Putin's slut" (Zeman, la putain de Poutine), avant d'être rapidement maîtrisée par la garde rapprochée du chef de l'Etat.

Jiri Drahos, principal adversaire du président tchèque Milos Zeman, dans un bureau de vote de Prague le 12 janvier 2018 / © AFP / Stringer
Les principaux quotidiens pragois se demandaient samedi si l'attaque pouvait jouer en faveur de Zeman.

"L'acte de cette militante a mobilisé une partie des électeurs qui était initialement décidée à bouder les élections", a estimé le quotidien Lidove Noviny.

Née en Ukraine d'un père angolais, la "sextrémiste" identifiée comme Angelina Diash par le groupe Femen, a été placée en garde à vue pour 48 heures et risque d'être poursuivi pour trouble à l'ordre public.

Le président sortant a plusieurs fois dans le passé appelé à "en finir" avec les sanctions économiques européennes visant la Russie, dans la foulée de la guerre dans l'est de l'Ukraine.

En mai 2015, il a participé à Moscou aux cérémonies anniversaires de la victoire sur l'Allemagne nazie, boudées par la plupart des dirigeants occidentaux.

République tchèque: seconde journée du scrutin présidentiel / © AFP / Jan Flemr, Farid Addala
- 'Invasion organisée' -

Dans un pays majoritairement hostile à l'immigration, les positions de M. Zeman, qui qualifie la crise migratoire d'"invasion organisée" et décrit les musulmans comme "impossibles à intégrer", trouve un écho favorable.

"Le président devrait oeuvrer en vue d'unir la société. L'actuel président n'unit pas les gens, il les divise", a déclaré de son côté M. Drahos après avoir voté vendredi à Prague.

Selon lui, le chef de l'Etat "devrait apporter de la culture sur la scène politique et oeuvrer pour l'orientation pro-occidentale du pays".

Le scrutin présidentiel se tient parallèlement à la formation laborieuse d'un nouveau gouvernement issu des législatives d'octobre 2017.

A la mi-décembre, M. Zeman a nommé un cabinet minoritaire dirigé par Andrej Babis, populiste milliardaire et chef du mouvement centriste ANO, qui selon toute vraisemblance n'obtiendra pas la confiance du Parlement. M. Babis a apporté son soutien au président sortant.



(©AFP / 13 janvier 2018 14h56)


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