Syrie: conflit à l'ONU sur le mandat des experts en armes chimiques

Une photographie prise le 12 juillet 2017 de l'entrée de Khan Cheikhoun en Syrie, cible d'une attaque au gaz sarin le 4 avril 2017 / © AFP/Archives / Omar haj kadour
Le renouvellement en novembre du mandat des experts en armes chimiques de l'ONU et de l'OIAC chargés de la Syrie fait l'objet d'un bras de fer au Conseil de sécurité, la Russie voulant le lier à leur prochain rapport contre l'avis de Washington, Londres ou Paris.

Ces experts doivent rendre le 26 octobre leurs conclusions finales sur l'attaque au gaz sarin le 4 avril à Khan Cheikhoun, ville syrienne alors contrôlée par des rebelles et des jihadistes. Leur rapport pourrait impliquer Damas dans l'attaque qui a fait 83 morts, selon l'ONU, au moins 87 dont plus de 30 enfants selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Principal soutien de la Syrie, la Russie verra à l'aune de leur rapport s'il est "justifié de prolonger" d'un an leur mission, a déclaré vendredi un responsable du ministère russe des Affaires étrangères, Mikhail Ulianov. Il avait au préalable jugé "scandaleux" un refus des experts de prendre des échantillons lors d'une visite la semaine dernière d'une base aérienne suspectée d'être à l'origine de l'attaque à Khan Cheikhoun.

Le Conseil de sécurité doit voter le renouvellement du mandat avant la publication du rapport, a au contraire réclamé mercredi l'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, une position partagée par plusieurs capitales européennes.

"Les Russes ont dit très clairement que si le rapport impliquait la Syrie, ils n'auraient soudainement plus confiance dans le groupe d'experts dénommé JIM. On ne peut pas travailler comme cela", a-t-elle déclaré à des journalistes. Un projet de résolution sur le renouvellement du mandat va être diffusé aux 15 membres du Conseil de sécurité et Washington espère un vote "dès que possible", a précisé Nikki Haley.

Plusieurs membres du Conseil approuvant la démarche américaine craignent une perte d'expertise si les spécialistes, actifs sur 45 attaques commises depuis la mi-2016, ne peuvent plus enquêter ou que le renouvellement de leur mandat subit des retards comme cela s'est déjà produit dans le passé.

Moscou dispose d'un droit de veto au Conseil de sécurité. "Ce serait une honte si la Russie appuie un mécanisme d'investigation en fonction de qui est responsable à Khan Cheikhoun", s'est insurgée l'ambassadrice américaine.

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont déjà accusé le régime de Bachar al-Assad d'être responsable de l'attaque du 4 avril. Selon la Russie, qui a reconnu comme la Syrie la présence de sarin à Khan Cheikhoun, la diffusion du gaz est venue d'une bombe ayant explosé au sol et non d'une attaque aérienne menée par les forces syriennes.

Depuis sa création, le groupe JIM a conclu à la responsabilité du gouvernement syrien dans des attaques au chlore sur trois villages en 2014 et 2015, et à l'utilisation par l'organisation Etat islamique de gaz moutarde en 2015. L'OIAC (Organisation pour l'interdiction des armes chimiques) détermine s'il y a eu ou non utilisation d'armes chimiques, la désignation des coupables revenant au groupe JIM.



(©AFP / 18 octobre 2017 19h03)
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