Trump face à la rude épreuve des voyages présidentiels

Le président américain Donald Trump salue lors de son embarquement à bord de l'avion présidentiel Air Force One, le 18 avril 2017 à la base aérienne d'Andrews, dans le Maryland / © AFP/Archives / SAUL LOEB
La plupart des présidents américains choisissent pour leur premier déplacement à l'étranger un aller-retour dans un pays voisin comme le Canada ou le Mexique. Mais pas Donald Trump, qui a préféré un très dense, voire rude, voyage qui va le mener dans cinq pays en huit jours.

Vendredi, le président âgé de 70 ans se lance dans un "énorme" périple qui testera la résistance d'une administration déjà mise à l'épreuve par les turbulences intérieures de l'affaire russe.

Pour les passants qui prennent en photo le convoi présidentiel dans les rues désertes d'une capitale étrangère, le déplacement semble agréable. Mais en coulisses, c'est un marathon de tensions, de larmes et de colères, sur fond de décalage horaire et de manque de sommeil.

Si Donald Trump espère ainsi faire une pause dans les scandales en série qui le frappent actuellement, son voyage lui apportera un changement de décor mais peu de répit.

Le rythme est impitoyable, et jamais les enjeux pour la Maison Blanche n'ont été aussi cruciaux.

"Ce qui rend ces voyages si difficiles c'est que quasi chaque seconde du président, chaque pas qu'il fait est l'objet de préparatifs très calculés", explique Ned Price, un ancien porte-parole du conseil de sécurité nationale (NSC) de Barack Obama.

Dur atterrissage

Comme l'a constaté à ses dépens Barack Obama, chaque détail, y compris le choix de l'escalier pour la descente d'avion, peut se muer en crise diplomatique.

En septembre, quand les agents du Secret Service n'ont pas pu trouver à Hangzhou en Chine un loueur de tapis rouge parlant anglais, il a été conseillé à Barack Obama de sortir par les escaliers situés sous le ventre de l'appareil.

Le tollé a été immédiat. "Ils ne lui donnent même pas d'escalier, de vrais escaliers pour descendre de l'avion", s'était aussitôt indigné Donald Trump, alors candidat à la présidentielle.

"Si c'était moi, je dirais +vous savez quoi, je vous respecte beaucoup mais fermez les portes, partons d'ici+. C'est le signe d'un tel manque de respect", avait-il.

Mais d'ici la fin de ses visites en Arabie saoudite, en Israël, dans les territoires palestiniens, au Vatican, à Bruxelles et en Sicile, le milliardaire devrait se montrer plus compréhensif.

Son voyage a de toute façon déjà commencé. Un mois avant chaque déplacement présidentiel, une armée de représentants de la Maison Blanche, du Secret Service, de l'armée et du NSC passe en revue le contenu de chaque journée.

Les uns testent les téléphones, d'autres localisent les drapeaux ou explorent les hôpitaux.

Loin des conseillers

L'objectif est que chaque problème logistique soit résolu avant qu'Air Force One, rempli de conseillers, d'agents du Secret Service, de journalistes et bien sûr du président, n'atterrisse. Ainsi qu'un avion distinct pour le personnel et un avion militaire transportant tout un attirail allant des podiums à la limousine blindée.

Pour les accompagnateurs du président, les journées commencent à l'aube et se terminent au terme de moult imprévus bien après le crépuscule --quand elles se terminent.

Une journée type comprend une rencontre bilatérale, une cérémonie d'accueil, plusieurs sessions de sommet sur des sujets très variés, une photo officielle, un concert et un dîner de travail.

A chaque étape, le président devra imprimer sa marque, en transmettant le bon message, en formulant les bonnes demandes et en s'assurant de que ce qui doit être accompli.

Les agents du Secret Service inspectent et sécurisent toutes les pièces, et tiennent à distance les personnalités indésirables --comme le président soudanais Omar el-Béchir, accusé de génocide, qui se rendra au même sommet que M. Trump.

Gaffe politique

Le personnel devra en outre travailler suivant l'heure locale et l'heure de Washington, note Loren DeJonge Schulman, ancienne membre du NSC d'Obama.

"Le différentiel en matière d'information est un vrai défi. Pour un homme habitué à regarder les chaînes d'information du câble toute la journée, un voyage à l'étranger sera comme un sevrage" brutal, selon elle.

"Une partie est due aux fuseaux horaires mais une autre partie est due au fait que, pendant les sommets notamment, vous êtes loin des conseillers qui vous tiennent au courant".

L'envergure de ce voyage est conforme à la devise "Go big or go home" (fonce ou rentre chez toi) mais donne des palpitations à certains membres de l'exécutif.

Beaucoup confient ne pas être à l'aise à l'idée de transporter le malaise actuel à la Maison Blanche à plus de 10.000 kilomètres, dans des conditions encore plus stressantes.

Outre la logistique, le président n'est pas à l'abri d'une gaffe politique quand il prononcera un discours sur l'islam en Arabie saoudite ou évoquera le processus de paix au Proche-Orient.



(©AFP / 19 mai 2017 09h33)
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