Venezuela: une femme tuée dans une fusillade lors de la consultation contre Maduro

Décompte des voix lors d'une consultation populaire organisée par l'opposition vénézuélienne sur le projet de Constituante du président Nicolas Maduro, le 16 juillet 2017 à Caracas / © AFP / FEDERICO PARRA
Une femme a été tuée dimanche lors d'une fusillade devant l'un des quelque 2.000 bureaux de vote où l'opposition vénézuélienne organisait une consultation populaire symbolique sur le projet de Constituante du président Nicolas Maduro.

Selon le parquet, des inconnus à moto ont ouvert le feu sur les personnes qui patientaient pour voter dans un bureau dans l'ouest de Caracas, tuant une femme et faisant trois blessés lors du premier fait de violence grave signalé au cours de cette consultation qui n'est pas légalement contraignante.

Par centaines de milliers, les électeurs, beaucoup vêtus de blanc ou aux couleurs du drapeau jaune, bleu, rouge du Venezuela, ont commencé dès dimanche matin à glisser leur bulletin dans des boîtes en carton installées dans des bureaux de vote à travers le pays par la coalition d'opposition, la Table de l'unité démocratique (MUD).

"Liberté !", lancent certains électeurs.

"Je manifeste mon mécontentement contre le gouvernement. Nous ne trouvons pas de médicaments, nous avons chaque fois moins d'argent pour acheter de la nourriture. Et eux, ils veulent juste rester au pouvoir, nous votons pour qu'ils le quittent", explique à l'AFP Tibisay Méndez, 49 ans, dans un bureau de vote du sud-est de Caracas.

De longues files d'attente s'étaient également formées à Madrid, Miami ou encore Bogota, où résident d'importantes communautés vénézuéliennes.

Présenté comme un acte de "désobéissance civile", ce vote, qui se déroule sans l'aval des autorités, a pour but de manifester le rejet par la population de la future Assemblée constituante, selon la coalition des antichavistes - du nom d'Hugo Chavez, président de 1999 à sa mort en 2013 - réunis au sein de la MUD.

- 'Gouvernement d'union nationale' -

Selon l'institut de sondages Datanalisis, près de 70% des Vénézuéliens sont opposés à la Constituante et 80% dénoncent la gestion par M. Maduro d'un pays en partie paralysé et traumatisé par des manifestations au cours desquelles près d'une centaine de personnes ont été tuées depuis le 1er avril.

Cette crise politique survient par ailleurs sur fond de chute des cours du pétrole qui frappe de plein fouet l'économie, dont 95% des devises proviennent de l'exportation de l'or noir.

La Constituante, dont les 545 membres seront élus le 30 juillet, aura pour mission de modifier la Constitution en vigueur pour assurer, selon M. Maduro, la "paix et la stabilité économique" du Venezuela.

Le projet est fermement rejeté par les antichavistes qui y voient un moyen pour le gouvernement de rester au pouvoir, en contournant l'Assemblée nationale où l'opposition est majoritaire depuis 2016.

"Le pays va non seulement rejeter la Constituante mais aussi donner un mandat pour exiger un changement de régime, la sortie de la dictature et l'ouverture d'une transition avec un gouvernement d'union nationale", a déclaré samedi à l'AFP une responsable de l'opposition, Maria Corina Machado.

- 'Faux espoirs' -

D'après les projections de l'institut de sondages Datanalisis, quelque 10,5 millions de personnes, sur 19 millions d'électeurs, seraient prêts à voter lors de la consultation qui a reçu le soutien de l'Eglise catholique, des Nations unies, de plusieurs pays d'Amérique latine et d'Europe ainsi que des Etats-Unis.

"C'est une démonstration indiscutable et historique", a déclaré un des leaders de l'opposition Henrique Capriles, sans toutefois avancer de chiffre.

Le chef de l'Etat a appelé ses adversaires à mener leur consultation dans un climat de "paix". Ce "show international (...) faites-le, mais en paix", a-t-il lancé.

Dimanche également, le gouvernement a invité les citoyens à venir tester les machines de vote qui seront mises en place pour élire les membres de la Constituante le 30 juillet. Objectif: ne pas laisser le champ libre à l'opposition ce jour-là.

"C'est un moment historique, nous n'allons pas l'entacher de violences (...) C'est un jour de paix et de tolérance, le monde entier observe les deux camps", a déclaré à l'AFP Maria Canela, venue participer à ce test dans une école du centre de Caracas.

Le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino, soutien indéfectible du chef de l'Etat, a appelé les Vénézuéliens à voter pour la Constituante le 30 juillet. De son côté, la présidente du Conseil national électoral, Tibisay Lucena, accusée d'être proche du pouvoir, a demandé aux antichavistes de ne pas créer "de faux espoirs" par une "activité politique sans aucune conséquence juridique".

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, avait exprimé vendredi son inquiétude et appelé au dialogue.

Au même moment, le Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) avait publié des chiffres de demandes d'asile déposées par des Vénézuéliens: 52.000 demandes depuis janvier, soit plus du double de celles recensées l'an dernier.

Cinq anciens présidents latino-américains se sont rendus à Caracas pour assister à la consultation de l'opposition en tant qu'"observateurs internationaux".



(©AFP / 16 juillet 2017 23h47)
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