Yémen: début de fragiles consultations en Suède sur fond d'urgence humanitaire

Le logo de l'Organisation des Nations unies (ONU) au siège de l'organisation à New York, le 25 septembre 2018 / © AFP/Archives / Ludovic MARIN
Pour la première fois depuis 2016, de fragiles consultations se sont ouvertes jeudi en Suède entre le gouvernement et les rebelles du Yémen, sous l'égide du médiateur de l'ONU qui a salué une "opportunité unique" de ramener les belligérants sur le chemin de la paix.

Pays le plus pauvre de la péninsule arabique, le Yémen est dévasté par le conflit armé qui oppose depuis 2014 le gouvernement, soutenu par l'Arabie saoudite, aux rebelles appuyés par l'Iran. Les hostilités ont fait au moins 10.000 morts et poussé 14 millions de personnes au bord de la famine.

Pour le médiateur de l'ONU, le Britannique Martin Griffiths, les discussions engagées jeudi dans un centre de conférence à Rimbo, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Stockholm, constituent une "opportunité unique" face à l'urgence humanitaire.

"Je ne veux pas me montrer trop optimiste mais je veux être ambitieux", a-t-il déclaré devant des journalistes, en présence des délégations yéménites.

Selon M. Griffiths, les belligérants n'en sont pas encore au stade de pourparlers de paix. Les "consultations" en Suède sont d'abord destinées à "construire la confiance" et "réduire la violence" sur le terrain, a-t-il souligné.

Peu avant l'ouverture des discussions, gouvernement et rebelles - qui ne devraient pas se parler directement - ont posé séparément des préalables à tout accord dans un échange de tweets peu diplomatiques.

Le gouvernement a exigé "le retrait intégral" des rebelles de la ville portuaire de Hodeida (ouest) conquise en 2014 et par où transite l'essentiel de l'aide humanitaire.

De leur côté, les rebelles ont menacé d'empêcher les avions de l'ONU d'utiliser l'aéroport de la capitale Sanaa si les pourparlers n'aboutissent pas à la reprise du trafic aérien civil.

L'aéroport international a été fermé au trafic commercial civil après l'intervention militaire en 2015 de la coalition progouvernementale.

- 'Maigres espoirs' -

Martin Griffiths a indiqué que l'ONU était disposée à s'interposer à Hodeida, une option rejetée par Ryad tant que les rebelles ne quittent pas la ville.

"Nous aimerions faire sortir Hodeida du conflit parce que (la ville) est la principale voie d'acheminement de l'aide humanitaire vers le reste du pays", a insisté M. Griffiths, disant aussi espérer des progrès sur la question de l'aéroport de Sanaa.

Le conflit oppose les rebelles Houthis, appuyés par l'Iran chiite, aux partisans du gouvernement du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenus militairement par l'Arabie saoudite sunnite.

Toutes les tentatives visant à mettre fin à la guerre qui dure depuis quatre ans ont échoué jusqu'ici, alors que la situation humanitaire est la pire du monde selon l'ONU.

Une source diplomatique au Conseil de sécurité des Nations unies a déclaré à l'AFP nourrir de "très maigres espoirs" que ces pourparlers puissent déboucher sur des avancées concrètes.

En septembre, des pourparlers de paix ont achoppé sur le refus des négociateurs Houthis de se rendre à Genève sans garantie sur leur voyage retour vers la capitale Sanaa et sur l'évacuation de rebelles blessés vers Oman.

- Catastrophe humanitaire -

Les pourparlers en Suède ont été favorisés par deux facteurs: la forte pression internationale exercée sur l'Arabie saoudite depuis l'assassinat le 2 octobre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans son consulat d'Istanbul, et l'évacuation lundi de 50 rebelles blessés vers Oman.

Un accord en vue d'échanger des centaines de prisonniers a par ailleurs été conclu cette semaine.

Partis en 2014 de leur bastion du nord du Yémen, les rebelles Houthis ont pris le contrôle de vastes régions, dont la capitale et le port de Hodeida.

Le conflit a progressivement pris la tournure d'une "guerre par procuration" entre les rivaux régionaux saoudien et iranien et précipité des millions de civils dans l'exil et la faim.

Près de 80% de la population du Yémen, soit approximativement 24 millions de personnes, a "maintenant besoin d'une forme ou autre de protection et d'une assistance humanitaire", selon l'ONU.

Actuellement, le Programme alimentaire mondial (PAM) vient en aide à environ 8 millions de personnes mais il a annoncé jeudi vouloir atteindre 10 millions de personnes d'ici la fin décembre puis 12 millions fin janvier.

Le responsable de l'Unicef pour la région, Geert Cappelaere, a appelé mercredi les belligérants "se rendant en Suède à penser d'abord aux enfants" du Yémen, dont "sept millions s'endorment chaque soir avec la faim au ventre".



(©AFP / (06 décembre 2018 12h41)


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