Guinée équatoriale: grands travaux pour convertir un village en métropole


Oyala (Guinée équatoriale) - Au milieu de la jungle équato-guinéenne, au bout d'une piste en terre, surgit une autoroute bitumée à quatre voies d'une dizaine de kilomètres qui débouche sur un chantier titanesque où des centaines d'engins travaillent sans relâche sur une terre rouge.

Oyala, jadis petit village de cahutes en bois, est appelée à devenir un pôle administratif et universitaire dans l'est du pays.

A l'instar de la construction de Brasilia dans l'Ouest brésilien, les autorités guinéennes ont décidé de créer ex nihilo une ville où université, palais des congrès, hôtel de luxe, zone industrielle et ministères doivent voir le jour.

La Guinée équatoriale était l'un des pays les plus pauvres d'Afrique avant de trouver du pétrole, dont l'exploitation a commencé en 1996.

Des dizaines de kilomètres carrés de forêt ont été abattus pour laisser place au chantier qui doit donner naissance à une ville couvrant quelques 32.000 hectares et destinée à accueillir 65.000 habitants.

Des énormes voies baptisées avenue de la Justice et avenue de la Paix ont été tracées dans la forêt. Deux ponts, oeuvres du groupe français de travaux publics Bouygues, sont en construction sur le rio Wele. Cinq autres doivent voir le jour. Des trouées ont été percées dans la jungle pour y ériger des pylônes soutenant des lignes à haute tension.

A côté de ces constructions modernes, le village d'Oyala continue cependant de vivoter dans une atmosphère ubuesque, sans eau courante, ni électricité.

Ici avant, on vivait mal. On vivait de la forêt, on mangeait ce qu'il y avait. Il n'y avait pas de travail, affirme Mauricio Ngouni Nguema. Embauché par une entreprise de construction, il attend toujours le versement de ses premiers salaires.

Avec sa femme et ses deux enfants, il vit dans une maison de bois, au sol en terre. On espère qu'on vivra mieux, qu'il y aura du travail. Je suis content. Avant personne n'avait jamais entendu parler d'Oyala, désormais elle va être connue partout. Ici, ce sera comme en Europe, espère-t-il.

Des dizaines d'entreprises françaises, espagnoles, brésiliennes travaillent sur le chantier.

Riche en or noir

Les autorités ne veulent pas communiquer sur le sujet. Nous voulons attendre que le projet soit plus avancé, affirme Jeronimo Osa Osa Ecoro, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, sans pouvoir estimer le coût global du projet qui se chiffre probablement en milliards d'euros.

Oyala permettra à la fois de décongestionner la capitale et de développer l'est du pays. Il y a des exemples en Afrique avec Abuja (Nigeria) et Yamoussoukro (Côte d'Ivoire) où l'on a créé des villes loin de la métropole coloniale, précise le ministre.

Petit pays devenu le troisième producteur sub-saharien de pétrole, la Guinée s'est lancée dans une impressionnante politique de grands travaux avec la construction de routes, ponts et chantiers d'assainissement des villes.

C'est à Sipopo, une station balnéaire dotée de deux centres de conférences, créée elle aussi ex nihilo pour un coût de 600 millions d'euros de source officielle, de plus de deux milliards selon l'opposition, que le pays a accueilli en juin le 17e sommet de l'Union africaine.

Le pays, dirigé d'une main de fer depuis 1979 par le président Teodoro Obiang, organise avec le Gabon la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) 2012.

Les projets comme Sipopo ou Oyala ne servent pas au développement. Oyala, c'est un projet fou. Quand Brasilia a été construite, c'était pour décongestionner la capitale. Il y avait eau et électricité à Rio et Sao Paulo, affirme Placido Mico, unique député de l'opposition.

Nous sommes un pays de 700.000 habitants. On va déporter des gens pour aller à Oyala? C'est scandaleux. Pendant ce temps, dans certaines écoles on fait cours par terre, accuse-t-il.

M. Osa Osa Ecoro est lui certain du bien-fondé de la stratégie du gouvernement: Nous construisons des routes, des universités, des immeubles pour les gens dans le but de développer le pays. Nous allons créer des industries pour créer de l'emploi. L'avenir nous donnera raison.

(©AFP / 02 décembre 2011 06h10)

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