Le Musée national de Bosnie ferme 124 ans après son ouverture faute d'argent


SARAJEVO - Le Musée national de Bosnie, fondé au XIXe siècle et qui abrite la célèbre Haggadah de Sarajevo, un manuscrit hébraïque enluminé du XIVe siècle, a fermé jeudi ses portes faute d'argent et à cause d'une impasse politique dans un pays ethniquement divisé depuis la guerre de 1992-95, a constaté l'AFP.

Une institution aussi complexe ne peut pas fonctionner de manière improvisée. L'argent pour les salaires des employés et les frais de fonctionnement doit être versé par les autorités, a déclaré Adnan Busuladzic, directeur du plus ancien musée du pays, situé à Sarajevo.

L'institution ne versait plus les salaires à ses quelque soixante employés depuis un an, a précisé son directeur au cours d'une conférence de presse. Quelque 60.000 euros par mois sont nécessaires au fonctionnement du musée, sans compter de nouveaux investissements, selon la même source.

Fondé en 1888, à l'époque où la Bosnie faisait partie de l'Empire austro-hongrois (1878-1914), le Musée national de Bosnie n'avait jamais cessé de fonctionner depuis.

Ca ne s'est jamais produit en 124 ans d'existence de cette institution, a souligné M. Busuladzic, déplorant l'indifférence des autorités locales.

La direction du musée a porté plainte devant un tribunal local contre le gouvernement bosnien, l'accusant de négligence à l'égard d'une institution d'Etat.

Après la conférence de presse, une grande bâche a été installée sur la façade du musée, au-dessus de la porte d'entrée, avec l'inscription : Le musée est fermé, en anglais et en bosnien.

Par ailleurs, des employés ont cloué la porte d'entrée avec deux planches en bois sur lesquelles on pouvait lire le même message écrit en lettres rouges.

Ce qui se passe aujourd'hui, en 2012 et 17 ans après la guerre, est une humiliation, une honte et un péché, a déclaré à l'AFP l'historien Enver Imamovic, qui était directeur du musée pendant le siège de Sarajevo (1992-95).

Le Musée national n'a jamais été fermé tout au long de la guerre, a-t-il souligné.

Dans l'après-midi, plusieurs centaines d'étudiants ont manifesté devant le musée, avant de se diriger vers le siège du gouvernement, à proximité, pour y exprimer leur mécontentement et réclamer une solution pour le musée.

Le Musée national fait partie de sept institutions culturelles d'Etat, outre notamment la Bibliothèque nationale ou encore le Musée d'histoire, dont le statut n'a jamais été établi après la guerre.

Par ailleurs, l'accord de paix de Dayton (Etats-Unis), qui a mis fin au conflit bosnien, n'avait pas envisagé la mise en place d'un ministère de la Culture au niveau central.

La Culture est gérée en Bosnie par les deux entités, serbe et croato-musulmane, qui composent le pays. Au niveau central, le ministère des Affaires civiles est chargé de la coordination de projets culturels et de la coopération internationale.

Le ministère des Affaires civiles n'a pas d'argent pour verser les salaires aux employés de ces institutions, a déclaré à l'AFP une porte-parole de ce ministère, Zorica Rulj.

Les sept institutions culturelles d'Etat ont subsisté depuis la fin de la guerre grâce à des dons et à des financements publics.

Les partis politiques musulmans, croates et serbe, n'ont jamais réussi à se mettre d'accord pour financer ces établissements par le budget central de façon systématique.

Ces derniers ont tous généré des dettes. Ainsi, la Bibliothèque nationale s'est vu couper le chauffage en janvier, en plein hiver. La Galerie d'art moderne a fermé au public ses collections permanentes en septembre 2011.

(©AFP / 04 octobre 2012 18h34)