Pérou: le secteur minier, à la fois manne et poudrière


LIMA - Entre l'opposition environnementale aux grands projets miniers et la volonté des petits mineurs clandestins d'exploiter à tout prix, les violences meurtrières en Amazonie mercredi montrent que le secteur minier, florissant, est aussi la poudrière des années à venir au Pérou.

Après des heurts entre police et mineurs qui ont fait trois morts et 55 blessés, le calme est revenu jeudi à Puerto Maldonado (est) dans la province amazonienne de Madre de Dios, plaque tournante de la fièvre jaune: l'expansion des mines d'or artisanales, plus ou moins formalisées, voire carrément clandestines.

Le gouvernement évaluait jeudi si un état d'urgence local était nécessaire à Puerto Maldonado, comme il l'avait été il y a quatre mois à Cajamarca (nord), après d'autres protestations violentes autour d'une mine. Mais contre la mine, cette fois-là.

Car le secteur minier est source des meilleures et pires nouvelles pour le président Ollanta Humala, un nationaliste de gauche, avant tout pragmatique.

Selon des chiffres récents, les investissements miniers ont connu en 2011 un bond record de +77% sur un an, et ceux d'ores et déjà engagés sur des projets (or et cuivre en vedette) dépassent 50 milliards de dollars.

Douce ironie pour un président dont l'élection il y a huit mois fit plonger la bourse de Lima, sur fond de fantasmes antilibéraux.

Plus que jamais le Pérou, à 6,92% de croissance en 2011, s'appuie sur sa manne minière (60% des exportations). Si ce n'était l'incertitude des conflits sociaux, en majorité liés à des projet miniers ou d'hydrocarbures.

Selon l'office du Défenseur des droits, le Pérou compte actuellement 152 conflits sociaux locaux, nombre en croissance depuis sept mois; il s'en crée plus de deux fois plus qu'il ne s'en résout, selon Rolando Luque, Défenseur adjoint.

Ce sont des bombes à retardement, qui peuvent exploser à tout moment et générer des réactions en chaîne dans le pays, estime le politologue Luis Benavente, de l'Université catholique de Lima. Aujourd'hui comme demain, ils sont le principal obstacle à la gouvernabilité, au système politique, aux investissement.

Le gouvernement, lui, considère qu'il ne fait que payer, à Madre de Dios, son courage pour réguler le secteur minier illégal, que des gouvernements passés décidèrent de ne pas affronter, selon le Premier ministre Oscar Valdes.

Au moins, dans ce conflit-là, l'Etat sent derrière lui un consensus: l'Eglise, la presse, la grande industrie, même des ONG, admettent la nécessité de juguler ce secteur aurifère clandestin, qui a détruit 30.000 hectares de forêt amazonienne à Madre de Dios, et génère pollution (mercure), travail infantile, prostitution, évasion fiscale.

Ce sont des mesures difficiles, mais des mesures qu'il faut prendre, admet Javier Aroca, responsable du Programme industrie extractive à l'ONG Oxfam, engagée au Pérou non en opposition à l'industrie minière en général, mais pour qu'elle respecte droits fondamentaux et environnement.

Plus épineux pour le gouvernement sont les projets miniers suscitant le rejet de communautés locales. Ainsi Conga à Cajamarca (nord): pharaonique chantier de mine d'or et de cuivre, plus gros investissement du Pérou (4,8 milliards de dollars). Mais à l'arrêt depuis fin novembre, le temps d'une expertise internationale commandé pour répondre aux inquiétudes locales.

M. Humala, porté au pouvoir par un Pérou pauvre, populaire et provincial, mais conscient d'où vient l'argent, aime a définir sa ligne minière comme préserver l'or et l'eau, c'est à dire ménager à la fois l'environnement des communautés et l'investissement.

(©AFP / 15 mars 2012 20h34)

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