Alice Meier, première et seule étrangère avocate aux conseils

PARIS (Sipa) -- Alice Meier-Bourdeau est "super fière". Depuis l'an dernier, cette blonde aux yeux bleus née en Allemagne il y a 40 ans est la première et la seule ressortissante étrangère à avoir intégré l'ordre feutré des avocats aux Conseils qui ne plaident qu'à la Cour de cassation et au Conseil d'Etat. "Etre la première étrangère à intégrer cet ordre est une grande fierté", lâche-t-elle.

"J'ai été nommé avocat aux Conseils par la garde des Sceaux par un décret du 27 janvier 2011", explique Me Meier-Bourdeau pour qui son "ordre a fait preuve d'ouverture en 1991 en supprimant la condition de nationalité", les postes d'officiers ministériels étant auparavant réservés aux Français", souligne-t-elle. Depuis plus d'un an, elle est devenue "une gratte-papier" dans un cabinet parisien du VIIe arrondissement et réalise "un travail solitaire et isolé mais passionnant, dans nos bureaux avec nos équipes".

"J'ai plaidé deux fois dix minutes", affirme celle qui devrait défendre oralement, avec d'autres confrères, des victimes de l'affaire Apollonia, du nom de cette société immobilière d'Aix-en-Provence accusée d'avoir escroqué près de mille particuliers en leur vendant des biens surévalués pour un total d'un milliard d'euros. Me Meier-Bourdeau plaidera dans une chambre mixte de la Cour de cassation pour la troisième fois de sa courte carrière d'avocate le 10 décembre.


"99% de la procédure est écrite"

Plaider ne lui manque pas spécialement. "C'est une manière différente de rendre le droit. 99% de la procédure est écrite, c'est très encadré", poursuit cette mère de deux filles âgées de 6 et 10 ans et mariée à un journaliste radio. "L'oralité est le dernier moment d'attention médiatique pour la victime, c'est important", estime-t-elle.

Les avocats aux Conseils demandent de plaider lorsqu'ils estiment que l'affaire le mérite, ce qui est le cas pour l'affaire Apollonia, dont "l'enjeu est énorme", dit-elle. Cette affaire instruite à Marseille correspond à une instruction de 45.000 pages en quatre ans où 31 personnes, essentiellement des cadres bancaires et des notaires, sont mises en examen. Huit d'entre elles ont passé quelques semaines en détention. Cinq banques ont également été mises en examen cette année.

Alice Meier-Bourdeau ne voit que très rarement ses clients. Elle les a quelques fois au téléphone mais ce sont surtout les avocats à la cour ses interlocuteurs. Etre avocat aux conseils, ce n'est pas plaider sur les faits. "On ne juge pas le fait mais le fait a son importance. C'est une subtilité qui est difficile à faire comprendre aux gens", expose-t-elle.

Son travail, "c'est profiter des petites erreurs des uns et des autres". "Il ne faut pas hésiter à faire un pourvoi, en cas de doute. Même lorsque l'arrêt est bien écrit, il peut toujours y avoir un petit vice de procédure. On peut faire casser un arrêt sur le manque d'une lettre recommandé."


Un français sans accent

Née à Düsseldorf, Alice Meier débarque à 14 ans en France sans parler un mot de français. "C'était assez chaud lorsque je suis arrivée en classe de 3e à Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes) dans la section française du lycée international", sourit-elle. Aujourd'hui parfaitement trilingue, elle parle français sans aucun accent et anglais.

Adolescente, elle suit ses parents qui s'installent dans la banlieue parisienne cossue à Saint-Germain-en-Laye puis étudie à l'université à Nanterre et suit un double cursus en droit français et allemand. Elle écrit une thèse en droit international privé sur "la nationalité comme critère de rattachement". Pour cette adepte de la recherche, il faut "accepter une diversité culturelle même devant le droit" et savoir "quelle place laisser au droit étranger et quels sont ses limites".

"Moi, ce qui m'intéresse, c'est le droit. Je suis passionnée de droit au sens strict. Vous jouez avec les textes et, quand vous trouvez un angle d'attaque, c'est une belle réussite", dit celle qui trouve "génial de participer à la construction de la jurisprudence de la France".

Avant d'être nommée avocate aux conseils, Alice Meier-Bourdeau a traîné ses guêtres dans des cabinets. Elle reste huit ans chez Vincent Delaporte, qui reste son "mentor".


Un vrai parcours du combattant

Puis, c'est le "choc culturel". Elle devient consultante au Conseil supérieur du notariat (CSN). "Les notaires, c'est un monde particulier mais c'est une de mes meilleures expériences professionnelles", affirme-t-elle. "Ils sont très disciplinés, c'est un régal de travailler avec eux."

Après quelques années à "voyager et travailler beaucoup" avec le CSN, elle décide retourner à ses premiers amours et se forme pour devenir avocate aux Conseils. Un vrai parcours du combattant. La formation à l'Ifrac (Institut de formation et de recherches des avocats aux conseils) dure trois ans, puis il faut obtenir le diplôme, le Capac (Certificat d'aptitude à la profession d'avocat aux Conseils). Le tout en travaillant chez un avocat aux Conseils pendant au moins un an.

"J'ai eu de la chance de travailler pour Frédéric Ancel et Dominique Couturier-Heller qui ont proposé de m'associer", assure l'avocate qui a pu acheter une charge. De son cabinet au huitième étage avec une vue à couper le souffle sur tout Paris, elle travaille ses dossiers, comme une "gratte-papier", sur des affaires civiles, publiques ou pénales.

Peu importe la substance, Alice Meier-Bourdeau est avant tout passionnée par le droit, tous les droits.

nvm/mw


(Sipa / 05.12.2012 15h23)


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