CH/Salaires abusifs: l'initiative Minder divise les syndicats

Berne (awp/ats) - L'initiative contre les rémunérations abusives n'arrive pas à rassembler de majorité parmi les syndicats. Travail.Suisse est contre. L'USS recommande de voter blanc. Unia soutient. La faute au parlement, qui, selon certains, a trop louvoyé sur ce texte.

Trois syndicats, Travail.Suisse, la Société suisse des employés de commerce (Sec Suisse) et l'Association suisse des cadres (ASC), ont présenté vendredi à Berne leurs arguments contre l'initiative Minder. Celle-ci nuit à la place économique suisse et met en jeu des places de travail, ont-ils expliqué.

Les trois organisations précisent pourtant ne pas être opposées à une limitation des salaires abusifs et rappellent avoir soutenu l'initiative. Mais le contre-projet élaboré par le Parlement constitue "une meilleure solution", ont-elles déclaré.

"OUI" SYMBOLIQUE

Les divisions entre les syndicats sont surtout basées sur une appréciation différente entre les risques pour les travailleurs, d'un côté, et la lutte symbolique contre les salaires abusifs de l'autre, a expliqué à l'ats Thomas Zimmermann, porte-parole de l'Union syndicale suisse (USS).

"Certains syndicats trouvent les risques trop grands par rapport aux apports positifs de l'initiative", souligne-t-il. L'USS, elle, recommande de voter blanc. Elle indique ainsi ne soutenir "ni l'initiative, ni le contre-projet", explique Thomas Zimmermann.

"Ceux qui disent 'oui' le font donc surtout pour des raisons symboliques", estime le porte-parole. C'est le cas d'unia. "On soutient cette initiative car elle fait un pas dans la bonne direction", a expliqué à l'ats Corrado Pardini, membre du comité directeur du syndicat et conseiller national (PS/BE). Mais le syndicat ne fera pas de campagne active en faveur du "oui".

LA SOLUTION EST AILLEURS

Corrado Pardini n'en reste pas moins très critique envers l'initiative: "Elle renforce les droits des actionnaires, mais ne fait rien contre les salaires abusifs".

Tant unia que l'USS estiment que cette question ne pourra être réglée qu'à travers l'initiative 1:12 et celle pour des salaires minimum. L'initiative Minder ne représente donc pas "la lutte finale" pour les syndicats, selon les mots de Corrado Pardini.

Thomas Zimmermann rappelle également que ce morcellement ne se retrouve pas seulement au sein de la gauche, mais aussi auprès de la droite, parmi les patrons (un comité d'entre eux soutient l'initiative) et les partis, citant en exemple l'UDC, dont la section zurichoise a voté pour l'initiative Minder.

DÉSORIENTÉ

Le Parlement, avec ses atermoiements, est en partie responsable de cette situation, juge le porte-parole de l'USS. "Les parlementaires ont pris tellement de temps. Ça allait dans tous les sens, les gens ont été complètement désorientés." Pendant les débats, il avait par exemple été question d'imposer les bonus. Une proposition finalement éliminée du contre-projet indirect par la droite, selon lui. La gauche, du coup, a du revoir ses positions.

L'initiative veut renforcer le pouvoir des actionnaires en matière de rémunération des "top managers". Un contre-projet indirect lui est opposé. Il prévoit également que les actionnaires approuvent chaque année le montant total des rémunérations des cadres, mais de manière moins astreignante.

L'USS est le syndicat le plus important en Suisse, avec 380'000 membres répartis dans seize syndicats, dont unia (200'000 membres). Travail.Suisse compte 163'400 membres et réunit onze fédérations.

ats/tt



(AWP / 18.01.2013 13h46)