CRISE/La zone euro cernée par les agences de notation (synthèse)

(reprise de samedi)

Paris (awp/afp) - Depuis que Fitch a menacé vendredi soir les notes de la dette de plusieurs pays de la zone euro, les grandes agences de notation mettent une pression maximale sur l'union monétaire, où la désunion avec le partenaire britannique alimentait samedi une certaine déception.

Le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schaüble, a fait part de ses regrets après le sommet européen des 8 et 9 décembre au cours duquel les britanniques, qui ne font pas partie de la zone euro, ont refusé une réforme des traités européens destinée à sauver l'euro.

"Je pensais avec optimisme que nous obtiendrions un changement des traités européens. Cela n'a malheureusement pas réussi. Cela aurait été une meilleure solution. Maintenant, la mise en oeuvre et la communication sont plus compliquées", a-t-il dit, cité au style direct dans un article qui fait son portrait dans le journal dominical Frankfurter Allgemeine Zeitung dévoilé samedi.

DIVERGENCES N'ONT PAS DISPARU

"J'aurais salué le fait d'avoir un message clair et simple en direction des marchés", a-t-il ajouté, alors que les leaders européens vont de sommet en sommet depuis des mois pour tenter de résoudre la crise mais n'y parviennent guère.

D'autant que les divergences au sein même de la zone euro, notamment sur le rôle de la Banque centrale européenne (BCE), n'ont pas disparu.

Le chef économiste de la Banque, démissionnaire début 2012, l'allemand Jürgen Stark, tenant de l'orthodoxie sur le rôle de la BCE, a réitéré sa position d'hostilité à des rachats massifs d'obligations publiques par la banque. "N'en demandez pas trop", a-t-il dit à l'hebdomadaire allemand Wirtschaftswoche.

Tous ces tiraillements alimentent la défiance des marchés, a estimé le chef économiste de l'agence de notation Standard and Poor's, Jean-Michel Six, sur la radio française BFM Business.

S&P A CONSCIENCE DES RESPONSABILITÉS ÉNORMES

"Nous avons (...) énormément de commentaires (...) des investisseurs non européens, qui sont la principale source de financement, asiatiques, américains qui nous disent: +on a longtemps fait des hypothèses sur le fonctionnement de la zone euro comme étant un club qui se chamaille tout le temps mais qui finalement arrive à s'entendre, et un club dans lequel il n'y aura jamais de défaut", a-t-il dit, ajoutant qu'aujourd'hui ces hypothèses étaient caduques.

M. Six a déclaré que son agence avait "parfaitement conscience des responsabilités énormes" qu'elle a actuellement, alors qu'elle doit décider sous peu d'une éventuelle dégradation de 15 des 17 pays de la zone euro, dont la France et l'Allemagne, qui pourraient perdre leur précieux triple A, meilleure note possible.

Une annonce qui ne devait toutefois pas tomber samedi, puisque S&P annonce sur son site qu'en raison d'une "maintenance de routine, il n'y aura pas de mise à jour des notations de vendredi 17H00 (22H00 GMT/23h00 HEC) à dimanche midi (17H00 GMT)".

Les grandes agences de notation sont depuis vendredi soir unanimes pour estimer que la situation est suffisamment grave pour faire planer au dessus de plusieurs pays importants de la zone euro la menace d'un abaissement très rapide de note.

MOODY'S ACCABLE LA BELGIQUE

Fitch a placé sous surveillance l'Espagne, l'Italie, la Belgique, la Slovénie, Chypre et l'Irlande. Cela signifie qu'elle pourrait baisser la note de ces Etats d'ici la fin janvier.

Quelques heures plus tard, Moody's a également accablé la Belgique, en décidant d'abaisser sa note de deux crans, à "Aa3", ce qui maintient tout de même le royaume dans la catégorie des émetteurs de dette de bonne qualité.

Le ministre des Finances belge Steven Vanackeren a reconnu samedi que le pays allait devoir consentir des "efforts importants" pour impérativement réduire son déficit et éviter d'être à nouveau dégradé.

Moody's prévoit par ailleurs de revoir les notes des pays de la zone euro et de l'UE au premier trimestre 2012.

IL FAUT AUSSI UNE STRATÉGIE DE CROISSANCE

M. Six a estimé samedi que les leaders européens feraient bien également de se préoccuper de leur croissance, alors que plusieurs pays de la zone euro sont au seuil de la récession et que les politiques d'austérité destinées à enrayer la crise de la dette pourraient menacer une éventuelle reprise.

"Une stratégie de retour à la croissance, qui doit forcement contrebalancer le redressement des finances publiques, c'est vraiment les deux jambes sur lesquelles l'Europe doit arriver à marcher", a ajouté M. Six.

L'Italie, un des pays les plus exposés au feu du marché en raison des craintes sur sa dette souveraine, a formellement adopté vendredi soir à la chambre des députés le plan de rigueur du chef du gouvernement Mario Monti, composé de mesures de réduction du déficit d'environ 20 milliards d'euros d'ici à 2014 et de mesures de relance de plus de 10 milliards.

rp



(AWP / 19.12.2011 06h24)

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