Chine: le gouvernement veut soutenir la croissance sans relancer l'inflation

Pékin (awp/afp) - Locomotive de l'économie mondiale depuis la crise financière, la Chine voit son modèle de croissance s'essouffler, et si le gouvernement dispose de moyens pour endiguer un ralentissement brutal, il doit faire attention à ne pas relancer l'inflation, selon les analystes.

"L'économie chinoise connaÎt une tendance générale de baisse de sa croissance, due à un ralentissement des exportations et de l'investissement", ses deux piliers jusqu'ici, a déclaré à l'AFP Wang Xiaolu, directeur adjoint de l'Institut de recherches sur l'économie chinoise, un institut indépendant du gouvernement.

Les exportations de la Chine n'ont augmenté que de 6,9% en rythme annuel au cours des quatre premiers mois de l'année, contre 20,3% en 2011 et 31,1% en 2010.

Dans le même temps, la croissance du Produit intérieur brut (PIB) est passée de 10,4% en 2010 à 9,2% en 2011, avant de tomber à 8,1% au premier trimestre 2012.

"Si la croissance du PIB chute à un niveau compris entre 7% et 8% au cours de l'année ou des deux ans qui viennent, cela reste supportable" et les répercussions sur l'emploi seront limitées, selon M. Wang, qui prédit comme la plupart des économistes un chiffre autour de 8% pour 2012.

"Il faut se faire à l'idée d'une croissance plus lente, ne pas surréagir et ne pas faire comme à la suite de la crise financière mondiale, lorsque 4.000 milliards de yuans (environ 500 milliards d'euros) avaient été injectés" dans l'économie à travers un plan de relance, estime cet expert.

Actuellement, "la diminution de la croissance en Chine vient d'une baisse de l'investissement", souligne pour sa part Patrick Chovanec, professeur d'économie à l'université Tsinghua de Pékin.

Les investissements en capital fixe dans l'immobilier, l'industrie ou encore les infrastructures ont contribué l'an dernier à hauteur de 54,2% à la formation du PIB chinois. La consommation des ménages reste en revanche faible, et le gouvernement affiche depuis plusieurs années une volonté de rééquilibrage.

Mais après un discours du Premier ministre chinois, Wen Jiabao, la semaine dernière demandant plus de soutien à la croissance, certains analystes pensent qu'un nouveau plan de relance par l'investissement est imminent.

Selon des projections publiées lundi par le Crédit Suisse, 1000 à 2000 milliards de yuans pourraient être débloqués pour financer des infrastructures, des mesures de protection de l'environnement et des logements sociaux.

La puissante Commission de la réforme et du développement (NRDC), l'agence de planification chinoise, va ainsi accélérer l'approbation de projets dans la sidérurgie et les transports pour un montant de 130 milliards de yuans (16 milliards d'euros), a précisé de son côté lundi le China Business News.

La réalisation de nouvelles infrastructures reste le moyen le plus efficace pour stimuler l'économie à court terme, souligne Ren Xianfang, économiste chez IHS Global Insight à Pékin.

"L'impact est instantané. Bien sûr, l'Etat peut allouer une partie des dépenses aux consommateurs, mais l'effet est plus lent" sur l'activité, souligne cette analyste.

Mais l'ouverture en grand des vannes du crédit pour investir dans de nouvelles infrastructures -comme cela a été le cas en 2009 et jusqu'à l'automne 2010- avait créé de l'inflation.

Après avoir atteint un pic de 6,5% sur un an en juillet dernier, la hausse des prix est retombée à 3,4% en avril, mais la pression inflationniste n'a pas entièrement disparu, selon M. Wang.

Depuis l'automne dernier, la banque centrale chinoise a déjà baissé à trois reprises les réserves obligatoires des banques, pour permettre à ces dernières de prêter davantage, et devrait procéder à des nouvelles baisses dans les mois à venir, selon les analystes.

En revanche, elle n'a pas jusqu'ici diminué les taux d'intérêt, notamment parce que la rémunération de l'épargne est à peine plus élevée que l'inflation.

Autre moyen pour Pékin de relancer la croissance: les dépenses budgétaires, car les émissions obligataires du gouvernement central restent limitées à environ 2O% du PIB. Mais l'endettement public total s'élève à 60% ou 70% du PIB si on lui ajoute les dettes des gouvernements locaux et d'autres créances, comme celles des chemins de fer.

"Le gouvernement a encore de la marge pour augmenter ses investissements dans les infrastructures", estime néanmoins Wang Xiaolu.

A terme, pour soutenir de manière plus durable la demande intérieure, Pékin devra aussi "augmenter les dépenses publiques dans les services publics, la santé et l'éducation", souligne M. Wang.

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(AWP / 29.05.2012 11h30)