Chypre: Nicosie a décidé de taxer les petits épargnants, selon les Européens

Berlin (awp/afp) - Plusieurs dirigeants européens renvoyaient lundi vers Chypre la responsabilité d'avoir proposé une taxe controversée sur tous les comptes bancaires du pays, y compris les petits épargnants, et semblaient l'inviter à revoir ce plan.

L'Allemagne, la France et la Banque centrale européenne (BCE), notamment, affirmaient ne pas être à l'origine de la proposition, qui a fait chuter l'euro et les marchés financiers lundi.

Le plan de sauvetage de Chypre, incluant une taxe inédite sur tous les dépôts bancaires, avait pourtant été validé à Bruxelles par les ministres des Finances de la zone euro, dans la nuit de vendredi à samedi. Mais, dès lundi, il faisait l'objet de nouvelles discussions.

"C'est le programme d'ajustement du gouvernement chypriote, pas celui de la Troïka ou d'un autre gouvernement", a affirmé Jörg Asmussen, membre allemand du directoire de la Banque centrale européenne (BCE) lors d'une conférence à Berlin. Selon une source européenne à Bruxelles, des négociations sont déjà en cours pour réviser ce plan.

La BCE fait partie de la troïka (avec l'UE et le FMI) qui a négocié le plan d'aide avec Chypre.

"Si le président chypriote veut changer quelque chose à la taxe sur les dépôts, c'est entre ses mains", a ajouté M. Asmussen, "il devra juste s'assurer que le financement est intact", c'est-à-dire que Chypre apporte sa propre contribution d'environ 6 milliards d'euros.

"Comment (Chypre) finance sa contribution, comment il la répartit, c'est l'affaire du gouvernement chypriote", a également assuré Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière Angela Merkel.

PROTÉGER LES PETITS ÉPARGNANTS

Interrogé sur la contribution imposée aux petits épargnants -les dépôts jusqu'à 100.000 euros doivent être taxés à hauteur de 6,75%-, il a assuré que "l'Allemagne aurait pu imaginer une autre répartition", mais "ce n'est pas notre décision", a-t-il martelé.

La France est, pour sa part, favorable à une meilleure protection des petits épargnants chypriotes, a déclaré le ministre français des Finances, Pierre Moscovici.

"Si Chypre choisissait, tout en respectant l'enveloppe globale de sa contribution au plan, une répartition différente pour mieux protéger les petits dépôts, il faut l'écouter et à mon sens l'entendre", a-t-il ajouté. "C'est la position que j'ai défendue vendredi (lors de la réunion de l'Eurogroupe), face à des positions beaucoup plus dures", a-t-il affirmé, sans les nommer.

L'ancien chef de l'Eurogroupe et actuel Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, a implicitement critiqué lundi le plan de sauvetage de Chypre par la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI), estimant que l'accord avait "des lacunes".

Le chef du gouvernement autrichien, le social-démocrate Werner Faymann s'est joint au concert de critiques. Pour lui, le rôle de l'UE est de trouver "des réponses qui protègent les petites gens et les personnes avec des revenus moyens".

Si l'on voulait s'attaquer à l'argent placé à Chypre par "les oligarques russes, on doit dire que le travailleur chypriote n'y peut pas grand chose", a-t-il ajouté.

La Russie a dénoncé lundi comme "injuste" et "dangereuse" l'idée d'une taxe sur les dépôts bancaires acceptée par Chypre en échange d'une aide internationale, dont le coût représente des milliards d'euros pour les fortunes russes placées sur l'Île.

rp



(AWP / 18.03.2013 16h50)