Chypre: le plan de sauvetage inquiète les marchés, le vote reporté

(synthèse)

Nicosie (awp/afp) - Le Parlement chypriote a reporté à mardi son vote sur le plan de sauvetage européen très impopulaire sur l'Île, dont la clause sans précédent prévoyant de prélever une taxe sur tous les dépôts bancaires fait trembler les marchés financiers.

Malgré ce report, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés devant le Parlement en milieu d'après-midi, clamant "non à l'euro", ou encore "L'Europe existe pour ses peuples, pas pour l'Allemagne".

Pour éviter une ruée aux guichets, les banques de l'Île vont rester fermées jusqu'à jeudi, selon un responsable de la Banque centrale.

Le président Nicos Anastasiades a assuré dimanche que ce plan, malgré ses conditions draconiennes, était la solution "la moins douloureuse" pour le pays, tout en espérant que l'Eurogroupe amende ses décisions pour limiter l'impact sur les petits déposants.

En contrepartie d'un prêt de 10 milliards d'euros pour l'Île au bord de la faillite, les bailleurs de fonds ont exigé l'instauration d'une taxe exceptionnelle de 6,75% sur tous les dépôts bancaires en-deçà de 100'000 euros et de 9,9% au-delà, ce qui devrait rapporter 5,8 milliards d'euros.

CONFÉRENCE TÉLÉPHONIQUE À 19H30

Des discussions sont en cours pour modifier la répartition de la taxe, afin de baisser la contribution des comptes avec moins de 100.000 euros, qui représentent 30 des 67 milliards d'euros déposés dans les banques chypriotes, quitte à pousser jusqu'à 15% les prélèvements sur les comptes dépassant 500.000 euros.

Une conférence téléphonique de l'Eurogroupe était prévue à 18H30 GMT sur le sujet.

La Banque centrale européenne, l'un des trois bailleurs de fonds, s'est dite favorable à des amendements, tandis que Berlin affirmait que la répartition de la contribution de Chypre était "l'affaire du gouvernement chypriote" .

A la taxe sur les dépôts s'ajoutent des privatisations et une hausse de l'impôt sur les sociétés, qui passera de 10 à 12,5% sur l'Île, longtemps perçue comme un paradis fiscal et soupçonnée de manquer de vigilance sur la provenance des fonds placés dans ses banques, en particulier depuis la Russie.

Compte tenu des discussions en cours, le Parlement a une nouvelle fois reporté son vote à mardi en fin d'après-midi.

Les débats risquent d'être houleux, le parti communiste Akel (19 députés), et les socialistes de l'Edek (5 sièges) ayant d'ores et déjà rejeté le plan de sauvetage, également critiqué au sein du Diko (centre-droit, 8 sièges), allié du Disy (droite, 20 sièges) du président.

"Si l'accord est rejeté, alors nous nous retrouverons très probablement hors de l'Europe", estime l'économiste chypriote Simeon Matsi.

"PERTE DE CONFIANCE"

Le président a tenté de rassurer dimanche en expliquant que les déposants recevraient, en échange des prélèvements, des actions dans les banques touchées par la crise, et, pour ceux qui maintiennent leur dépôt plus de deux ans, des obligations liées aux recettes du gaz que l'Île compte commercialiser d'ici quelques années.

Chypre est le cinquième pays de la zone euro à bénéficier d'un programme d'aide internationale, mais la décision radicale et inédite de taxer tous les dépôts bancaires mettait lundi les banques de l'ensemble de la zone sous pression et pesait sur les marchés financiers.

"Cette solution lève un tabou aux conséquences considérables pour l'ensemble du système bancaire européen", a souligné la banque française CM-CIC.

L'euro perdait du terrain face au dollar, vers 14H00 GMT la monnaie unique valait 1,2930 dollar contre 1,3075 dollar vendredi soir.

La Russie a dénoncé comme "injuste" et "dangereuse" la taxe qui coûterait des milliards d'euros aux fortunes russes placées sur l'Île, qui représenteraient au moins 20 milliards de dollars selon certains experts, plus selon d'autres.

"Cela ressemble à une confiscation de fonds étrangers", a protesté le Premier ministre russe Dmitri Medvedev.

Les très nombreux Britanniques ayant pris leur retraite sous le soleil de Chypre, étaient également sous le choc. "Il y a des gens qui ont apporté tout leur argent ici. C'est un braquage en plein jour", estime l'un d'eux, Michael Jarvis.

"Le plan de l'Eurogroupe a sonné le glas du secteur financier de Chypre (...). Personne ne va plus faire confiance à Chypre quoi qu'il arrive", estime Simeon Matsi. Le secteur bancaire chypriote, dont les dépôts représentent quatre fois le PIB annuel de l'Île, est l'une des principales sources de revenus du pays.

rp



(AWP / 18.03.2013 17h05)