FOCUS/USA: les actionnaires touchent le jackpot avant des hausses d'impôts

Washington (awp/afp) - Les entreprises américaines s'empressent de reverser des dividendes spéciaux considérables à leurs actionnaires, pour leur permettre d'échapper aux hausses de taxes anticipées l'année prochaine dans le cadre des négociations en cours pour réduire les déficits du pays.

Les supermarchés à bas prix Costco ont annoncé mercredi un dividende spécial de 7 dollars par action, soit une enveloppe totale de 3 milliards. Avant eux, Brown-Forman Corp, le fabricant du whisky Jack Daniel, a promis 4 dollars de bonus par action, les grands magasins Dillard's 5 dollars, l'opérateur de casinos Las Vegas Sands 2,75 dollars. La date de paiement tombe à chaque fois avant le 31 décembre.

D'autres groupes, comme le numéro un mondial de la distribution Wal-Mart, ont pour leur part avancé le paiement de leur dividende trimestriel de janvier à décembre.

L'opérateur de téléphonie mobile Verizon Wireless compte aussi reverser à ses deux actionnaires, Verizon et Vodafone, leurs 8,5 milliards de dollars de dividendes avant le 31 décembre. Pour l'exercice 2011, ils ne les avaient touchés qu'en janvier.

Le cabinet de conseil Markit dit s'attendre à plus de 120 dividendes spéciaux ce trimestre, contre 31 en moyenne d'ordinaire, mais souligne que ce type d'inflation n'est pas inédit: les versements aux actionnaires avaient déjà bondi en décembre 2010, à cause de craintes d'une augmentation des taxes au début de l'année suivante. Celle-ci n'avait finalement pas eu lieu.

Cette fois encore, les entreprises anticipent un durcissement début 2013 de la taxation des dividendes et revenus du capital.

Les Etats-Unis, obligés de réduire leurs déficits, sont sous la menace d'une entrée en vigueur le 2 janvier d'importantes hausses d'impôts automatiques, qui toucheraient tous les ménages, même modestes.

Démocrates et Républicains tentent toutefois de trouver un compromis plus équilibré.

Et la taxe sur les dividendes, qui avait été réduite en 2003 à 15% contre un taux maximal jusque là de 39,6%, est devenue un symbole d'un système fiscal accusé de favoriser les mieux nantis.

Durant la campagne présidentielle, Barack Obama avait attaqué son opposant multimillionnaire Mitt Romney sur le fait qu'il ne payait qu'un taux minimal d'impôts, car beaucoup de ses revenus étaient des dividendes.

Le niveau de la taxe sur les dividendes risque fort d'être aligné sur le taux d'impôt sur le revenu de leurs bénéficiaires, qui peut actuellement aller jusqu'à 35% et que Barack Obama souhaite même relever à 39%.

Cela encourage certaines entreprises à verser rapidement des dividendes, pour que leurs actionnaires soient sûrs de bénéficier de conditions fiscales avantageuses.

Le directeur général de Brown-Forman, Paul Varga, a ainsi reconnu que sa société avait "choisi de faire un paiement durant l'année 2012 à cause de l'incertitude entourant le futur taux de taxation des dividendes".

Les versements exceptionnels sont toutefois plus fréquents chez les entreprises au capital familial, ou détenu en grande partie par leurs propres dirigeants.

"La concentration du capital au niveau de la direction ou du conseil d'administration permet de pousser plus rapidement pour des dividendes spéciaux bénéficiant des taux d'imposition favorables actuellement. Des groupes d'actionnaires disparates n'ont pas la même influence", explique Markit.

Les entreprises technologiques disposant d'une grosse réserve de liquidités pourraient être les prochaines à franchir le pas, estime le site d'analystes 247Wallst.com.

Il cite le groupe informatique Apple, le portail internet Yahoo!, l'équipementier en télécoms Juniper Networks ou encore le géant des logiciels Oracle, où le directeur général "Larry Ellison et ses amis ont un arsenal de plus de 31 milliards de dollars".

tt



(AWP / 30.11.2012 08h00)