Italie: taux à un niveau record pour l'émission test, mais demande élevée

Milan (awp/afp) - L'Italie, menacée à son tour d'être emportée par la crise de la dette, a dû payer des taux record jeudi lors de son premier test sur les marchés après l'annonce du départ de Silvio Berlusconi mais la demande est restée élevée, ce qui a un peu soulagé les investisseurs.

Les taux d'intérêt des titres à un an émis par le Trésor italien ont atteint jeudi le niveau record de 6,087% et ont donc presque doublé par rapport à la dernière opération similaire datant du 11 octobre, où ils s'étaient inscrits à 3,57%.

"L'Italie se finance à des niveaux très, très chers. C'est une mauvaise surprise qui était toutefois attendue", étant donné l'envolée mercredi des taux italiens sur le marché secondaire où s'échangent les titres de dette déjà émis, souligne Cyril Regnat, stratégiste obligataire de la banque française Natixis.

Mais "bonne surprise", le Trésor a atteint son objectif en réussissant à lever 5 milliards d'euros grâce à une demande très soutenue de 9,95 milliards, ce qui a "rassuré les marchés", selon M. Regnat.

Signe du ouf de soulagement poussé par les investisseurs, les taux italiens à dix ans sont passés brièvement sous les 7% après cette émission.

Avant qu'ils ne repassent au-dessus de ce seuil fatidique franchi mercredi, qui est considéré comme insoutenable sur la durée, étant donné la taille colossale de la dette italienne (1.900 milliards d'euros, 120% du PIB).

La Bourse de Milan restait de son côté vers 11H30 GMT en hausse de 1,59% après avoir tout de même nettement ralenti alors qu'elle avait pris plus de 3% en fin de matinée grâce à l'arrivée de plus en plus probable de Mario Monti à la tête du gouvernement pour remplacer Silvio Berlusconi.

Un nouveau test encore plus révélateur pour l'Italie aura lieu lundi avec l'émission de titres à cinq ans pour un montant compris entre 1,5 et 3 milliards d'euros.

Les taux que doit payer l'Italie actuellement sont jugés insupportables sur la durée mais le Trésor italien peut encore les gérer pour le moment, estiment les analystes.

"Tant qu'il y aura de la demande, le Trésor pourra gérer. Les rendements sont élevés mais ils ne mettent pas réellement en danger les finances publiques", souligne Cyril Regnat.

Selon Natixis, si le taux moyen des émissions de 2012 s'établissait à 7%, le surcoût pour l'Italie serait de 7 milliards d'euros (0,4% du PIB). De nouvelles mesures d'austérité s'avèreraient toutefois nécessaires pour que l'Italie puisse atteindre l'objectif de l'équilibre budgétaire en 2013.

Pour Raj Badiani, économiste d'IHS Global Insight, ces taux couplés avec une croissance atone forment un "mélange dangereux" et peuvent mettre la dette italienne dans une "position insoutenable" mais l'Italie reste "solvable" et peut "survivre à plusieurs trimestres d'émissions obligataires chères".

Le danger réside plus au niveau de l'économie réelle avec des risques de tarissement du crédit, les banques italiennes devant payer plus cher pour se refinancer car l'Italie est considérée comme plus risquée.

"A très court terme, les conséquences d'une forte hausse des taux italiens ne sont pas si graves, mais assez vite cela aura des retombées significatives sur les conditions de financement et sur l'économie réelle" du pays, a estimé jeudi le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn.

jq



(AWP / 10.11.2011 13h05)

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