La Grèce va vers de nouvelles élections

ATHENES (AP) — Les Grecs devraient retourner aux urnes en juin, faute d'accord de partage du pouvoir entre les principaux partis politiques mardi. Cette paralysie fait peser une menace sur la poursuite de l'aide internationale et le maintien du pays dans la zone euro.

La perspective d'une impasse prolongée et d'une victoire des partis anti-austérité à de nouvelles législatives, comme le suggèrent les sondages, ont fait dévisser les bourses européennes et surtout celle d'Athènes, qui a plongé de 4,86% avant de se reprendre un peu et de finir la séance sur un nouveau recul de 3,6%. L'euro perdait 0,3%, à 1,2794 dollar.

Le président Carolos Papoulias avait réuni les dirigeants de cinq partis mardi -l'Aube dorée d'extrême droite n'était pas conviée malgré son entrée au Parlement et le Parti communiste a décliné l'invitation- pour tenter de leur arracher un accord sur un gouvernement de technocrates ou de personnalités. En vain.

Le chef de l'Etat devait donc convoquer les leaders politiques mercredi pour désigner un gouvernement chargé d'assurer l'intérim jusqu'au scrutin.

"Le pays se dirige malheureusement vers de nouvelles élections. Il va retourner aux urnes dans quelques jours dans de très mauvaises circonstances parce que certaines personnes ont froidement fait passer les intérêts à court terme de leur parti avant l'intérêt national", a déclaré le chef des socialistes du PASOK, Evangelos Venizelos, à la sortie des consultations à Athènes.

Les législatives anticipées du 6 mai ont été marquées par l'absence de majorité nette, reflétant la colère d'une bonne partie de la population devant la chute de leur niveau de vie au fil des plans d'économies budgétaires depuis deux ans.

Les conservateurs de Nouvelle démocratie (ND) ont obtenu le plus de voix, devant la Coalition de la gauche radicale (Syriza) qui rejette les mesures d'austérité, le PASOK, grand vainqueur des précédentes législatives, et la Gauche démocratique, en position d'arbitre avec 19 sièges mais qui refuse de participer à un gouvernement sans Syriza.

Les dirigeants de ND, de Syriza et du PASOK ont en vain essayé chacun à leur tour de former une coalition gouvernementale. Le président Papoulias les a ensuite réunis tous les jours depuis dimanche pour chercher une solution, proposant mardi pour envisager la constitution d'une équipe de technocrates ou de personnalités.

La Grèce est dirigée depuis novembre par un gouvernement intérimaire d'union nationale ND-PASOK chargé d'appliquer et de faire voter les mesures d'austérité drastique exigées en contrepartie des deux plans d'aide internationale de plusieurs centaines de milliards d'euros qui ont évité la faillite à ce pays lourdement endetté depuis mai 2010.

Evangelos Venizelos a affirmé que le chef de la Gauche démocratique, Fotis Kouvelis, avait proposé la mise en place d'un gouvernement pour deux ans à condition qu'il inclue Syriza. "Malheureusement, l'arrogance, les manoeuvres politiciennes et l'opportunisme l'ont emporté", a lâché le leader socialiste.

"Nous avons essayé de former un gouvernement qui satisfasse les exigences minimum des électeurs. Notre principale exigence était l'annulation des nouvelles mesures drastiques de réduction des retraites et salaires, et le rétablissement des droits des travailleurs", a déclaré de son côté le chef de Syriza, Alexis Tsipras.

Les sondages placent Syriza, qui ne se sent pas tenue par les engagements des gouvernements précédents envers les créanciers de la Grèce, en tête de nouvelles législatives. La Gauche radicale n'obtiendrait pas suffisamment de députés pour gouverner seule mais bénéficierait d'un bonus automatique de 50 sièges qui devrait lui permettre de former une coalition avec les autres partis anti-austérité de gauche et de droite.

Antonis Samaras, à la tête de Nouvelle démocratie, voit les prochaines élections comme "une lutte entre les forces de gauche du nihilisme liguées aux populistes opportunistes (et), de l'autre côté, un front européen, fort et déterminé".

Pour l'économiste Dimitris Mardas, "en ce qui concerne l'économie, c'est ce qui pouvait arriver de pire", "il aurait été préférable d'avoir un gouvernement de technocrates", d'autant plus que le scrutin risque selon lui de nuire au tourisme, qui a représenté 15,7% de l'économie grecque en 2011. "Nous n'avons vraiment pas besoin de ça."

L'Autorité grecque des statistiques a annoncé mardi que l'économie s'était contractée de 6,2% au premier trimestre 2012 par rapport à celui de 2011. La Grèce traverse sa cinquième année de récession et affiche près de 22% de chômage. AP

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(AP / 15.05.2012 19h14)