MARCHÉ/L'Espagne refroidit les marchés après la victoire de la droite en Grèce

Paris (awp/afp) - La défiance était de mise lundi sur les principales places financières, la victoire de la droite pro-européenne aux élections grecques n'ayant pas réussi à apaiser les investisseurs très préoccupés par la situation de l'Espagne dont les taux d'emprunt s'envolent.

Après avoir ouvert en hausse, la tendance s'est rapidement retournée sur les marchés boursiers européens. A 16H13, Paris perdait 0,47%, Madrid 2,73% et Milan 2,77%. Seuls Londres et Francfort parvenaient encore à grignoter respectivement 0,18% et 0,34%.

Même scepticisme à Wall Street où le Dow Jones cédait 0,35% et le Nasdaq 0,18%.

Après un bref répit à l'ouverture, les taux d'emprunt de l'Espagne ne cessaient de grimper, franchissant un nouveau record à plus de 7%, un seuil jugé insoutenable sur la durée. Les rendements italiens s'envolaient, quant à eux, au-delà des 6%.

Enfin, l'euro reculait face au dollar à 1,2590 dollar contre 1,2644 dollar vendredi soir.

La victoire à l'arraché de la droite pro-euro aux législatives en Grèce dimanche, qui éloigne temporairement le spectre d'une sortie du pays de la zone euro, n'a pas suffi à rassurer.

"Les élections grecques datent (déjà) d'hier, aujourd'hui, il s'agit des taux d'emprunt espagnols", résume Dick Green, du site d'analyse financière Briefing.com.

L'économie ibérique connaÎt des problèmes importants, en particulier le manque d'accès au crédit et un taux de chômage élevé de près de 25%.

L'annonce du prêt européen qui sera accordé aux établissements bancaires de la péninsule est loin d'avoir calmé les esprits.

Madrid devra demander entre 60 et 65 milliards d'euros à ses partenaires européens pour renflouer ses banques, selon le rapport préliminaire des deux cabinets d'audit chargés d'inspecter leurs comptes, auquel a eu accès le quotidien espagnol ABC. Mais, d'après certaines rumeurs, les besoins en recapitalisation pourraient être bien supérieurs.

Quant à la Grèce, rien n'a vraiment changé aux yeux des opérateurs.

Le pays se retrouve "au point où il en était avant" le scrutin du 6 mai qui avait vu la victoire des partis anti-euro, prévient Yoshikiyo Shimamine, analyste au Dai-ichi Life Research Institute à Tokyo.

Athènes risque "une spirale de politiques d'austérité" qui plombera encore davantage l'économie, prévient l'analyste.

Pour Philippe Waechter, directeur des études économiques chez Natixis AM, il faut au plus vite que les partenaires européens entament "des négociations pour discuter du montant de la dette grecque, des intérêts payés et des objectifs budgétaires fixés afin de rendre l'ensemble soutenable à moyen terme".

L'objectif est de limiter le risque d'instabilité sociale dont profiterait certainement Syriza, le parti de gauche anti-austérité arrivé deuxième aux élections.

Dès dimanche soir, Berlin a d'ailleurs envoyé un signal en ce sens. Le ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a évoqué d'éventuels "délais" dans la mise en oeuvre du programme de réformes négocié par Athènes avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international.

"D'énormes défis attendent encore le pays", avertit Erik Nielsen, chef économiste à UniCredit.

L'analyste rappelle notamment que les retraits d'argent en Grèce se sont grandement accélérés depuis le 6 mai, "atteignant selon la presse locale deux milliards d'euros pour les seules journées de jeudi et de vendredi".

"Les prochains jours seront décisifs sur la mise en place ou non d'un contrôle des capitaux" qui restreindrait les sorties de liquidités du pays, souligne Christian Parisot, économiste chez Aurel BGC.

Dans l'immédiat, un premier soulagement pour les investisseurs passerait par le déblocage d'une nouvelle tranche d'aide de la troïka (UE-BCE-FMI), estime M. Nielsen.

Il faut aussi que lors du sommet européen qui va se tenir à la fin du mois on puisse offrir "une carotte aux responsables grecs en leur proposant des financements modestes afin de relancer la croissance", ajoute-t-il.

L'élection grecque a maintenu en haleine les milieux financiers et les gouvernements de la zone euro, qui craignaient une sortie précipitée de la Grèce de la zone euro si le candidat de la gauche radicale anti rigueur, Alexis Tsipras, l'emportait.

Lors de ce scrutin, la Nouvelle Démocratie, dirigée par M. Samaras, a obtenu 29,66% des voix, soit 129 sièges sur les 300 du Parlement, en bénéficiant de la prime de 50 sièges accordée par la loi électorale au premier parti.

rp



(AWP / 18.06.2012 16h45)