Zone euro: l'horizon s'assombrit 12 ans après sa création/scénarios possibles

Bruxelles (awp/afp) - Vu l'ampleur prise par la crise de la dette, un éclatement de la zone euro n'est désormais plus tabou si la contagion n'est pas freinée aux portes de l'Italie et de l'Espagne, deux très gros morceaux sans commune mesure avec la Grèce ou le Portugal.

Voici les scénarios envisageables, du noir au rose, pour la suite de cette crise sans précédent depuis la création de l'Union monétaire en 1999.

1/ L'Italie et l'Espagne sont emportées dans la tourmente

- Les mesures au compte-goutte prises par les responsables européens ne suffisent pas à calmer les marchés survoltés. Les taux d'intérêt exigés de l'Italie et de l'Espagne pour emprunter restent durablement à un niveau très élevé, difficilement soutenable tant pour Rome que pour Madrid. L'Italie et l'Espagne sont contraintes à leur tour d'appeler à l'aide leurs partenaires européens ainsi que le Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir des prêts afin de faire face à leurs obligations de paiement.

- Le défi est autrement plus difficile à relever que pour la Grèce, l'Irlande et le Portugal, qui ne représentent qu'une petite partie de l'économie de la zone euro (3% du Produit intérieur brut européen pour la Grèce). Cela obligerait les autres pays à remettre au pot de manière significative pour augmenter l'enveloppe de leur Fonds de secours financier, doté aujourd'hui de 440 milliards d'euros de capacités de prêts, et ce alors que les marges de manoeuvres budgétaires sont partout limitées. Une tâche difficile aussi sur le plan politique car les opinions publiques de nombreux pays, en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Finlande, rechignent de plus en plus à mettre la main au portefeuille pour payer les fins de mois difficiles des voisins. En privé, des responsables européens reconnaissent qu'un sauvetage Concomitant de l'Espagne et de l'Italie, en plus des autres patients, serait sans doute au-dessus des forces de la zone euro.

2/ la zone euro s'effrite

- Dans un tel scénario noir, l'Union monétaire risquerait l'éclatement avec le départ progressif de ses pays les plus fragiles. Un économiste allemand de renom, le président de l'institut Ifo, Hans-Werner Sinn, vient d'appeler ouvertement à purger la situation en faisant sortir temporairement la Grèce de la zone euro, afin qu'elle n'emporte pas ses partenaires avec elles. "L'impensable est devenu envisageable: la sortie d'un pays de la zone euro, la fin de l'euro et même une désintégration de l'Union européenne ne sont plus des tabous", lui fait écho le think-tank bruxellois European Policy Center.

3/ La zone euro éteint l'incendie

C'est le scénario optimiste. Après un an et demi d'atermoiements, les dirigeants européens décident d'employer les grands moyens. Dans l'immédiat, ils règlent le cas de la Grèce en mettant rapidement sur pied un deuxième plan d'aide permettant de mettre le pays le plus fragile de l'Union monétaire à l'abri pour plusieurs années. Ils rachètent une partie de sa dette sur les marchés afin de réduire le poids des intérêts à payer et lui octroient des taux d'intérêts très inférieurs à ceux en cours. Le système de défense anti-crise de l'Union monétaire est nettement renforcé pour éviter la contagion à l'Espagne et l'Italie. Partout, des plans sont adoptés pour réduire nettement les déficits publics. En parallèle, les efforts pour accélérer l'intégration économique de la zone euro s'accélèrent. Même l'idée, jusqu'ici taboue, de créer des euro-obligations permettant aux pays d'emprunter ensemble sur les marchés pour partager les risques, est mise sur la table. Pour l'expert français Jacques Attali, "il faut faire des bons du Trésor européen et un budget fédéral qui fédéralise une partie de la dette", sans quoi "l'euro n'existera plus dans 10 ans".

rp



(AWP / 12.07.2011 13h16)