A La Rochelle, conférence internationale pour que les oiseaux voyagent encore


BORDEAUX - Chaque année ils annoncent les saisons, peuplant le ciel d'espoirs et d'augures: les oiseaux d'eau migrateurs font l'objet à partir de lundi d'une conférence internationale à La Rochelle, où la prise de nouvelles mesures urgentes s'impose.

Ils s'appellent barge rousse, fauvette à tête noire, sarcelle d'été mais aussi plus communément: cygnes, flamants roses, cigognes.

Ils fascinent, comme le souligne l'ornithologue Francisco Rilla, du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), car certains parcourent annuellement des centaines, des milliers de kilomètres, parfois à très haute altitude en s'orientant grâce aux étoiles, à la position de la terre et aux champs magnétiques.

Les oiseaux dits d'eau - leur survie dépendant des zones humides - voient la liberté de mouvement, indispensable à leur survie, de plus en plus entravée par l'activité humaine et le changement climatique.

Certaines études, citées notamment par l'ONG Birdlife international, estiment que 10% de ces espèces sont en danger d'extinction.

Depuis 1999, elles font l'objet d'un accord spécifique, associant désormais 65 Etats d'Europe, d'Afrique et du Moyen Orient, destiné à les protéger et sont au centre de la conférence qui se tient de lundi à vendredi à La Rochelle, qui se trouve être également un point de passage obligé de nombreuses espèces à cette période de l'année.

Son objectif est d'assurer leur protection tout au long du cycle de leurs déplacements, depuis la Russie jusqu'en Afrique parfois, explique à l'AFP la représentante pour la France, Marianne Courouble.

La Conférence internationale sur les oiseaux d'eau migrateurs, sous l'égide du PNUE, est la cinquième du genre. Visant à améliorer l'accord et prendre des mesures coordonnées, elle rassemblera 300 représentants des Etats, ONG et scientifiques au chevet de 255 espèces, autour d'un constat: les menaces continuent à se multiplier.

Au réchauffement climatique, lignes électriques, éoliennes, plateformes pétrolières off-shore, produits agrochimiques, s'ajoute en particulier en Afrique l'augmentation de la population humaine.

les zones humides reculent

Aujourd'hui, poursuit Marianne Courouble, sur le continent africain, la population augmente énormément, ce qui entraîne une très forte pression sur les espaces naturels: les zones humides, contenant les poissons indispensables à la poursuite de leurs longs voyages.

Ces zones situées entre la terre et la mer - marais, tourbières, mangroves ou estuaires - sont menacées aussi par l'agriculture intensive et les programmes hydrauliques, explique-t-elle.

C'est notamment le cas, au Sénégal, du Parc national des oiseaux du Doudj, l'une des plus grandes réserves ornithologiques mondiales.

Le développement de la riziculture et l'endiguement du fleuve Sénégal mettent en danger ce sanctuaire, fréquenté par plus de trois millions d'oiseaux chaque année.

La France, pays d'accueil de la conférence, entend défendre un projet d'action spécifique pour l'Afrique, où les menaces sur les zones humides sont énormes, explique Marianne Courouble.

Si les données globales restent rares, le constat est toujours le même partout: les zones humides reculent. Le seul exemple de la France, carrefour de migration pour de nombreux oiseaux d'eau, est alarmant: en 50 ans, elle a perdu 40% de ses zones humides, explique ainsi Jacques Trouvilliez, de la direction Eau et biodiversité au ministère de l'Ecologie.

La sarcelle d'été, un petit canard très vif aux sourcils blancs, est un bel exemple de coordination indispensable, note ce spécialiste. Elle niche en Europe, notamment en Gironde, et l'ensemble de l'espèce se transporte en Afrique pour hiverner, en particulier.. au Sénégal.

(©AFP / 13 mai 2012 16h59)


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