A Paris, Aliev appelé à la paix avec l'Arménie, conspué par des manifestants


PARIS - Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a été appelé mardi à rétablir un climat de confiance avec l'Arménie par son homologue français François Hollande, au cours d'une visite à Paris où des centaines de manifestants ont conspué un criminel.

Outre l'inauguration du nouveau département des Arts de l'islam au musée du Louvre, dont l'Azerbaïdjan est l'un des mécènes, M. Aliev a été reçu environ une demi-heure par M. Hollande au palais de l'Elysée.

Le président de la République a appelé l'Azerbaïdjan à prendre les mesures nécessaires pour rétablir un climat de confiance avec l'Arménie, afin de favoriser l'aboutissement des négociations conduites sur la question du Haut-Karabakh dans le cadre du Groupe de Minsk de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), selon la présidence française.

M. Aliev a été reçu très discrètement, les photographes de presse n'ayant eu accès ni à la cour de l'Elysée ni aux abords du palais, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les tensions entre Bakou et Erevan ont été ravivées début septembre après la grâce accordée par le président azerbaïdjanais à un officier condamné pour le meurtre d'un militaire arménien.

Ilham Aliev avait gracié Ramil Safarov dès son retour chez lui, après son extradition de Hongrie où il purgeait une peine de prison à perpétuité pour le meurtre commis en 2004 dans ce pays. Ramil Safarov avait décapité Gourgen Margarian dans son sommeil, lors d'un stage organisé à Budapest par l'Otan pour des militaires originaires des pays de l'ex-URSS.

L'Arménie avait affirmé dans la foulée être prête à la guerre contre l'Azerbaïdjan. Comme l'ONU ou l'Otan, la France avait fait part de sa préoccupation, s'inquiétant de son impact sur les relations entre les deux pays.

L'Arménie et l'Azerbaïdjan se disputent depuis des années le contrôle du Nagorny-Karabakh. Rattaché à l'Azerbaïdjan pendant la période soviétique, le Nagorny Karabakh - région à majorité arménienne - a proclamé son indépendance, non reconnue par la communauté internationale, après une guerre qui a fait 30.000 morts et des centaines de milliers de réfugiés entre 1988 et 1994.

En Azerbaïdjan, l'opposition et des ONG accusent régulièrement la dynastie des Aliev, au pouvoir dans ce pays quasiment depuis la chute de l'URSS en 1991, de réprimer la liberté d'expression et d'emprisonner des opposants sur de fausses accusations.

Environ 600 manifestants, en grande partie des Arméniens de France, ont dénoncé la visite à Paris de M. Aliev, au cours d'un rassemblement près de l'ambassade d'Azerbaïdjan.

Aliev fasciste, hors de France!, scandait la foule tandis que sur des pancartes on pouvait lire: La France accueille un criminel, la justice n'est pas à vendre.

La venue d'Aliev en France 18 jours après avoir gracié l'assassin Safarov n'est pas acceptable, a estimé Franck Papazian, coprésident du Conseil de coordination des orgabnisations arméniennes de France (CCAF).

On ne peut pas accepter qu'Aliev, un dictateur, puisse être en France, et en plus être reçu à l'Elysée..., a déclaré Hratch Varjabedian, directeur du Bureau francais de la cause arménienne.

Au cours de leur rencontre, MM. Hollande et Aliev ont également affirmé leur volonté commune de développer encore la coopération économique et culturelle entre les deux pays.

Les groupes français Total, GDF Suez, et la compagnie pétrolière publique d'Azerbaïdjan Socar avaient annoncé en juillet des résultats jugés prometteurs concernant leur découverte de gaz à Absheron en mer Caspienne qu'ils comptent exploiter.

(©AFP / 18 septembre 2012 20h42)