Allemagne: bataille de chiffres sur le coût de la sortie du nucléaire


BERLIN - Le coût pour les consommateurs allemands de l'abandon de l'énergie nucléaire donnait lieu mardi à une bataille de chiffres, entre d'un côté un opérateur de centrales prédisant une explosion des prix, et de l'autre une étude commandée par Greenpeace relativisant le phénomène.

La facture d'électricité des particuliers sera vraisemblablement plus élevée de 30% en 2020, à cause d'une surtaxe imposée aux consommateurs sur les énergies renouvelables, a déclaré le patron de Vattenfall Europe Tuomo Hatakka au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Vattenfall Europe, filiale du suédois Vattenfall, est le quatrième producteur allemand d'énergie.

En revanche, prédit-il, le prix de gros ne va pas augmenter de manière significative.

Les foyers allemands supporteront selon lui le coût du développement à marche forcée et en partie subventionné des énergies renouvelables ainsi que des réseaux électriques.

L'Allemagne mise beaucoup sur les énergies propres pour remplacer les centrales nucléaires dont elle a décidé de se passer à l'horizon 2022.

Mardi également, l'organisation écologiste Greenpeace et l'institut de recherche allemand DIW présentaient une étude sur l'évolution du prix de l'électricité en Allemagne, avec des conclusions sans surprise très différentes.

Ils estiment tout d'abord, à l'inverse du patron de Vattenfall, que le prix de gros de l'électricité allait grimper en Allemagne, d'entre 11 et 30% environ d'ici 2020.

Le rapport conclut toutefois que cette progression ne sera due que marginalement à l'abandon du nucléaire.

Pour Greenpeace et le DIW, en 2020 le prix de gros de l'électricité en Allemagne dépassera de 4 à 12% seulement ce qu'il serait si les centrales nucléaires continuaient à fonctionner, soit un effet inflationniste minimal.

Contrairement à M. Hatakka, le DIW et Greenpeace ne se prononcent pas sur le prix final pour le consommateur. Ils laissent de côté la surtaxe imposée pour soutenir les énergies renouvelables, tout comme les coûts liés au réseau, jugeant l'évolution de ces deux variables beaucoup trop incertaines.

Cette impasse n'a pas empêché Claudia Kemfert, chercheuse au DIW, de défendre ses conclusions lors d'une conférence de presse.

Le prix de gros représente 35% de la facture finale du consommateur, la surtaxe pour les renouvelables seulement 8%, a-t-elle souligné, ajoutant: il est toujours question de cette surtaxe, je plaide pour adopter un regard élargi.

Niklas Schinerl, de Greenpeace, a lui relevé que le fonctionnement de réacteurs nucléaires n'avait pas empêché le prix de l'électricité pour les particuliers en Allemagne de bondir ces dernières années (+40% depuis 2005) et refusé de faire de la sortie du nucléaire un bouc émissaire.

Le militant écologiste a préféré épingler une dispense de la surtaxe pour les énergies renouvelables accordée aux industries les plus gourmandes en électricité en Allemagne, dont le montant atteint selon lui 1,2 milliard d'euros.

M. Schinerl s'en est pris aussi au gouvernement qui ne remplit pas ses devoirs dans le domaine des économies d'énergie.

E.ON

RWE

(©AFP / 03 juillet 2012 13h20)

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