Autisme: les traitements par la psychanalyse en filigrane du procès d'un documentaire


LILLE - Psychanalystes et familles d'enfants autistes se sont affrontés jeudi à Lille sur la prise en charge de l'autisme en France, à travers le procès d'une documentariste accusée d'avoir dénaturé les propos de psychanalystes.

Sophie Robert était assignée au civil devant le tribunal de grande instance de Lille par trois psychanalystes qui l'accusent d'avoir défiguré leurs propos dans son documentaire Le Mur, la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme, pour lequel ils ont été interviewés avec une trentaine de leurs confrères.

Esthela Solano-Suarez, Eric Laurent et Alexandre Stevens demandent le retrait de leurs interviews ou à défaut l'interdiction du film, diffusé sur internet, ainsi que des dommages et intérêts.

Leur avocat, Me Christian Charrière-Bournazel a dénoncé une entreprise polémique destinée à ridiculiser la psychanalyse, devant une salle pleine à craquer de parents d'enfants autistes, venus soutenir Mme Robert.

Selon le conseil, certaines questions ont été coupées au montage et d'autres plaquées dessus, alors que la défense parle d'une retranscription fidèle. La justice a déjà saisi les rushes du tournage pour les comparer à la version montée.

Le tribunal doit déterminer si Mme Robert est sortie des autorisations de tournage signées par les plaignants, et si les interviewés peuvent être considérés comme co-auteurs du film et en empêcher la diffusion.

Dans le documentaire, des psychanalystes attribuent une origine psychique à l'autisme, qui pourrait être la conséquence d'une dépression maternelle ou d'un refus de l'apport masculin pour la conception. Certains parlent de mère psychogène, de stade de folie transitoire de la mère, voire de désir incestueux.

Le film oppose cette vision à des méthodes comportementales appliquées par certaines familles, basées sur des recherches qui estiment que l'autisme est d'origine génétique. Par conséquent, il participe au débat public sur le sujet, selon Me Titran, avocat de la réalisatrice du documentaire.

La médecine officielle envoie les familles vers des psychiatres qui sont très souvent des analystes, a expliqué Arnaud Ribert, porte-parole d'un collectif d'association, qui demande que le documentaire soit largement diffusé pour que les parents puissent avoir le libre choix de la prise en charge de leur enfant.

Pour Mme Solano-Suarez, le film tente de montrer que nos traitements sont passéistes et que nous culpabilisons les parents.

Le jugement a été mis en délibéré au 26 janvier.

(©AFP / 08 décembre 2011 19h59)