Brésil: 6e paysan assassiné en Amazonie en pleine réforme du code forestier


BRASILIA - La violence liée aux conflits agraires fait rage au Brésil avec l'assassinat d'un 6e agriculteur-écologiste en trois semaines en Amazonie, au moment où le Parlement débat de l'assouplissement controversé du code forestier défendu par le puissant lobby agricole.

La Commission pastorale de la Terre (CPT), organisme lié à l'Eglise catholique, a annoncé mardi l'assassinat d'un paysan sans terre dans l'Etat amazonien du Para (nord). Tout indique que Obede Loyla Souza a été tué parce qu'il dénonçait des bûcherons clandestins, a déclaré à l'AFP Cristiane Passos, une porte-parole de la CPT.

Dans cette région reculée du Para, les grands propriétaires terriens, commanditaires présumés d'assassinats de petits paysans, bénéficient le plus souvent d'une impunité totale.

En outre, la concentration des terres se poursuit au Brésil et la réforme agraire est paralysée, selon des experts.

L'assassinat s'est produit en plein débat tendu au Sénat sur l'assouplissement au profit des propriétaires terriens du code forestier en vigueur en Amazonie, considérée comme le poumon de la planète.

La présidente de la Confédération nationale de l'Agriculture (CNA) et sénatrice Katia Abreu a cependant rejeté tout lien entre les récents meurtres d'écologistes et paysans sans terre et ce débat.

C'est un coup bas de lier la violence à la campagne avec le débat sur le code forestier. Ils veulent effrayer la société. Mais au Brésil, des dizaines de personnes meurent chaque jour en raison du manque de sécurité, à la campagne et en ville, a-t-elle dit à l'AFP.

Le point le plus controversé de la réforme, approuvée en mai par les députés, porte sur la légalisation des zones forestières déboisées illégalement jusqu'en juillet 2008, et l'autorisation d'activités agricoles dans des zones sensibles.

Le Brésil est devenu l'un des principaux producteurs et exportateurs au monde de soja, de céréales et de viande, mais la déforestation massive a aussi fait du Brésil le cinquième plus grand émetteur de gaz à effet de serre du monde.

Toute réduction de la zone que le Brésil consacre à la production d'aliments fera monter le prix des aliments. C'est ça que la société devra assumer, a ajouté Mme Abreu pour défendre sa position.

Le code forestier original datant de 1965 limite l'usage agricole des terres en obligeant les propriétaires de forêts à en préserver une partie intacte, jusqu'à 80% en Amazonie, ce que beaucoup ne respectent pas dans les faits.

Ces dix dernières années, les terres cultivées au Brésil, immense pays de 8,5 millions de km2 dont 5,3 millions de km2 de forêts, principalement en Amazonie, ont augmenté de 21%, la plupart du temps au détriment des zones boisées, selon le ministère de l'Agriculture.

Nous combattrons jusqu'à la fin, a prévenu Mme Abreu, elle-même propriétaire de terres dans l'Etat de Tocantins (centre-ouest), considéré comme une partie de la frontière agricole du pays.

Le Brésil a réussi à ralentir le rythme de la déforestation de l'Amazonie depuis 2004 mais une hausse spectaculaire a été enregistrée en mai, poussant Brasilia à mettre en place un cabinet de crise contre la déforestation.

La Commission pastorale de la terre a diffusé une liste de 125 agriculteurs-écologistes menacés de mort en raison de leur lutte contre la déforestation, mais le gouvernement a reconnu qu'il n'avait pas les moyens de tous les protéger.

(©AFP / 15 juin 2011 19h45)


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