Candidature Izrael : les cancérologues entre étonnement et approbation


PARIS - La candidature à la présidence de la République du Pr Victor Izrael, au nom du Parti contre le cancer, provoque un certain étonnement chez cancérologues et spécialistes de la maladie, qui estiment cependant que sur le fond il n'a pas tort.

Ce n'est pas un coup de tête, mais l'aboutissement d'une réflexion et d'un combat de longue date, explique le Pr Izrael à l'AFP.

En 2012, votez la vie, dit le slogan du candidat, qui veut un égal accès de tous à des soins de qualité avec davantage de cancérologues, une approche plus humaine de la prise en charge, une prévention et un dépistage organisé plus efficaces, un soutien massif à la recherche...

Le cancérologue dit qu'il a vraiment tout essayé. J'ai tiré les sonnettes des ministères, j'ai été reçu, jamais écouté.

Alors que Jean Tiberi est maire UMP de Paris, il devient adjoint à la santé, sans étiquette, et crée des kiosques d'accueil. Plus tard il s'investit dans le plan cancer, devient vice-président de l'Institut national du cancer (Inca), et joue à chaque conseil d'administration le rôle du vilain canard qui frappe du poing sur la table pour rappeler les administrateurs aux dures réalités du terrain. En vain: On n'a pas tenu les promesses du plan cancer, dit-il.

Il faut donc passer à la vitesse supérieure. L'idée d'être candidat naît d'une conversation avec le publicitaire Jacques Séguéla, membre d'honneur d'une association de recherche qu'il a créée, qui met ses troupes et ses moyens à sa disposition.

Certes, le Pr Izrael ne passera peut-être pas le cap des 500 signatures, mais il veut interpeller les candidats. J'ai des idées très précises de conduite de notre politique de santé, qui n'est pas la façon actuelle, dit-il.

Je n'ai pas d'ambition personnelle, affirme-t-il. J'agis en mon âme et conscience, on verra ce que ça donnera.

Dans le milieu de la cancérologie, nul ne doute de sa bonne foi et de sa passion.

Le Dr Annie Sasco, épidémiologiste du cancer à l'Inserm, estime surprenant qu'on doive arriver à ce type de stratagème.

D'un autre côté, je me dis que tous les moyens sont bons et que plus on en parlera, mieux ce sera, à condition qu'on mette l'accent sur la prévention et pas seulement sur le traitement, dit-elle. Elle fait valoir qu'on pourrait éviter plus de la moitié des cancers avec une application intelligente du principe de précaution.

Le Pr Dominique Belpomme, cancérologue, partage à 100% le message du Pr Izrael, un homme qu'il estime. Le premier plan cancer a été un véritable échec en termes de santé publique: nous avons 365.000 nouveaux cas de cancer par an, avec une mortalité quasiment stable, alors que les dépenses liées au traitement ne font qu'augmenter, dit-il.

Mais il est un peu surpris: Pour faire passer ce message-là, il faut s'adresser à des politiques professionnels. Il lui suggère donc de rejoindre le combat de Corinne Lepage, la seule personne parmi les candidats potentiels qui ait compris les enjeux de santé publique, et notamment les liens entre cancer et environnement.

A la Ligue contre le cancer, on voit dans la démarche l'expression d'une colère. Il s'est battu toute sa vie contre le cancer, il considère que ça ne va pas assez vite, relève Gilbert Lenoir, président de la Ligue.

Nous on a un recul plus important, on pense qu'avec le plan cancer et l'Inca, les choses évoluent bien, ajoute-t-il, pointant cependant les inégalités de santé pour les plus pauvres, qui ne s'en sortent pas. Mais cela dépasse le cadre d'une requête pour plus de cancérologues, dit le Pr Lenoir.

(©AFP / 09 octobre 2011 08h37)