Colombie: démission du ministre de la Justice après une réforme controversée


BOGOTA - Le ministre colombien de la Justice, Juan Carlos Esguerra, a démissionné vendredi peu après l'annonce par le président Juan Manuel Santos du renvoi devant le Congrès d'une réforme controversée de la justice qui favoriserait l'impunité des parlementaires.

J'ai présenté au président ma démission irrévocable, a déclaré le ministre lors d'une conférence de presse à Bogota.

Cette démission intervient deux jours après l'adoption d'une réforme qui prévoit une hausse des moyens afin de décongestionner un système judiciaire encombré par près de quatre millions de procédures.

Des amendements favorables aux élus avaient été ajoutés à la dernière minute, provoquant une vive polémique et l'intervention du président Santos.

Le gouvernement ne permettra pas l'approbation d'une réforme que nous souhaitions pour décongestionner la justice et la rapprocher du citoyen et qui finit par faire le jeu de ceux qui veulent y échapper, a déclaré M. Santos dans une allocation peu avant la démission de son ministre.

Le chef de l'Etat a précisé qu'il renverrait la réforme devant le Congrès en faisant valoir des objections de caractère constitutionnel, mais aussi en raison de son inconvenance.

Principal point de discorde, la protection accordée aux élus poursuivis pour des liens avec les milices paramilitaires d'extrême droite, des affaires qui ont éclaboussé le gouvernement conservateur du président Alvaro Uribe (2002-2010), resté populaire pour sa lutte contre les guérillas communistes.

Depuis 2010, une vingtaine de politiques ont été condamnés, dont deux ex-présidents du Congrès et plus de cent élus font actuellement l'objet d'une enquête de la part de la Cour suprême.

Or, la réforme judiciaire controversée stipule qu'un élu ne peut être détenu tant que l'enquête n'est pas achevée et une accusation officiellement émise à son encontre.

Elle rend également plus compliquée la perte de leur immunité parlementaire et prévoit la création d'une chambre spéciale au sein de la Cour suprême pour examiner leur sort, faisant redouter une remise en cause des dossiers instruits jusqu'ici.

(©AFP / 23 juin 2012 13h33)