Crise: l'Allemagne doit être un pilier de stabilité


BERLIN - Le président de la banque centrale allemande Bundesbank Jens Weidmann a appelé mardi son pays à jouer le rôle de pilier de stabilité qui lui revient dans la lutte contre la crise de la dette, et à se poser en gardien d'une politique monétaire indépendante.

La première économie européenne a une responsabilité particulière qui va au-delà de son rôle de premier contributeur aux plans d'aides et de garanties mis sur pied depuis l'an dernier, a déclaré M. Weidmann dans un discours à Berlin lors du congrès des employeurs allemands.

L'Allemagne doit remplir son rôle de pilier de stabilité, a-t-il poursuivi, en donnant le bon exemple dans la tenue de ses finances publiques, mais aussi en se posant en gardienne d'une politique monétaire européenne de stabilité.

M. Weidmann, ancien conseiller de la chancelière Angela Merkel qui a pris les rênes de la Bundesbank il y a quelques mois, appelle ainsi celle-ci à ne pas dévier de sa ligne, malgré les appels de plus en plus pressants pour une intervention massive de la Banque centrale européenne (BCE) dans la lutte contre la crise.

Cela serait une faute grave, a jugé M. Weidmann, qui minerait encore plus la confiance. Une banque centrale, et cela vaut pour celle commune aux 17 pays de la zone euro, n'a pas vocation, il lui est même interdit de financer les budgets des Etats, a-t-il martelé.

L'opposition de Berlin est le principal obstacle à une implication plus poussée de la BCE, telle que la réclame par exemple la France.

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a répété cette opposition, dans une allocution aux députés du Bundestag mardi. Nous allons tout faire pour combattre les dangers qui menacent la stabilité de l'euro dans son ensemble, a-t-il dit, mais uniquement d'une façon qui garantit que la monnaie unique européenne reste une monnaie stable, une monnaie stable avec une banque centrale indépendante, et que la banque centrale ne soit pas à la disposition des Etats pour les financer.

M. Weidmann a aussi redit son scepticisme à l'égard d'une mutualisation de la dette des pays de la zone euro, alors que la Commission européenne s'apprête à présenter plusieurs options pour la création d'euro-obligations.

Il est fondamentalement important (...) que chaque pays s'assure la confiance des marchés financiers, a-t-il dit. La pression que fait naître le paiement de taux d'intérêt élevés peut être salutaire, a-t-il ajouté, elle est une incitation forte à des réformes et des finances publiques saines.

Berlin s'oppose aussi à ces eurobonds, même si une source de la Commission européenne a indiqué mardi avoir décelé du mouvement dans la position allemande.

Evoquant l'Italie et l'Espagne, dont les taux d'emprunt ont atteint des sommets ces dernières semaines, M. Weidmann a estimé que ces deux pays pouvaient s'en sortir sans faire appel à une aide extérieure, au contraire de la Grèce, l'Irlande et le Portugal.

Dans ces deux cas, je suis persuadé qu'ils n'ont pas besoin d'aide extérieure mais que ces deux pays peuvent s'aider eux-mêmes et que ces gouvernements vont prendre les mesures nécessaires pour ce faire.

(©AFP / 22 novembre 2011 13h48)