Crise/dette : la Pologne craint la fin de l'Europe et une guerre


STRASBOURG (Parlement européen) - Les responsables de l'UE ont mis en garde mercredi contre le risque de voir le projet européen tout entier échouer avec la crise de la dette, la présidence polonaise de l'UE allant jusqu'à envisager le retour de la guerre sur le continent.

L'Europe est en danger, a déclaré le ministre polonais des Finances Jacek Rostowski, dont le pays assure la présidence tournante de l'Union européenne, dans un discours aux accents dramatiques devant le Parlement européen à Strasbourg.

Si la zone euro se fissure, l'Union européenne ne sera pas capable de survivre, avec toutes les conséquences que l'on peut imaginer, a-t-il ajouté.

Le ministre a même évoqué le risque d'un conflit armé en Europe si la crise de l'euro devait conduire à l'éclatement de l'UE.

Il a ensuite raconté s'être récemment entretenu avec un ami banquier qui lui a fait part de sa crainte d'une guerre au cours des dix prochaines années.

Une guerre ! Mesdames, messieurs ce sont les termes qu'il a employés, s'est exclamé M. Vincent-Rostowski, ajoutant que son interlocuteur s'était dit inquiet et avait bien l'intention de demander la carte verte pour ses enfants pour les Etats-Unis.

Interrogé sur ces propos au cours d'une conférence de presse peu après, le ministre a indiqué avoir seulement voulu souligner le caractère sérieux de la situation, afin que les responsables prennent conscience de l'ampleur de la crise de la zone euro, laquelle pourrait conduire à des situations inimaginables et à un très grand danger.

Le projet européen a été lancé dans les années 1950 en grande partie pour éviter une nouvelle guerre entre la France et l'Allemagne et empêcher qu'une troisième guerre mondiale ne se reproduise.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, s'est montré lui aussi préoccupé. Nous sommes confrontés au défi le plus grave de cette génération, c'est une lutte pour l'avenir politique de l'Europe, pour l'intégration européenne en tant que telle, a-t-il dit devant le Parlement.

A terme, la zone euro doit accélérer son intégration économique, a déclaré M. Barroso. Une intégration approfondie fait partie de la solution, mais elle ne se fera pas du jour au lendemain, a ajouté le chef de l'exécutif européen.

Son commissaire aux Affaires économiques, Olli Rehn, a pour sa part mis en garde contre un défaut de paiement ou une sortie de la zone euro de la Grèce, estimant que cela aurait des coûts dramatiques pour le pays, l'Europe et le monde entier.

La Commission a réaffirmé vouloir prochainement présenter une étude sur les options possibles en vue de créer des euro-obligations, ce mécanisme de mutualisation des dettes entre pays de la zone euro, présenté par ses promoteurs comme le seul moyen de régler durablement la crise de la dette.

Je veux confirmer que la Commission va bientôt présenter des options sur l'introduction des euro-obligations, a-t-il dit, précisant que certaines pourront être mises en oeuvre dans le cadre du traité (européen) actuel, d'autres requerront un changement de traité.

Les euro-obligations sont refusées par le gouvernement allemand, qui y voit un encouragement au laxisme budgétaire. La France n'y est pas opposée sur le principe, mais l'exclut dans l'immédiat.

Sur le fond, M. Barroso a critiqué la tendance actuelle des grands Etats - France et Allemagne en tête - à vouloir régler la crise de la dette et réformer la gouvernance de la zone euro entre eux, en gardant les leviers de décisions et en impliquant le moins possible la Commission et le Parlement européens.

Renationaliser les décisions de la zone euro n'est pas la bonne méthode, a-t-il jugé. Seule la méthode communautaire, européenne, permettra de résoudre les problèmes à ses yeux.

(©AFP / 14 septembre 2011 15h27)