D'anciens patients dénoncent l'emprise totale d'un psychothérapeute


PARIS - Thérapies au prix faramineux, création de faux souvenirs traumatisants, surveillance permanente: une femme a raconté mardi devant le tribunal correctionnel de Paris comment un gourou l'aurait manipulée, un abus de faiblesse contesté par les avocats du psychothérapeute.

C'est dans un silence abasourdi que magistrats, journalistes et public ont écouté mardi après-midi le récit de Sophie Poirot. L'histoire glaçante d'une emprise totale, d'une vie entre parenthèse, qui aurait duré douze ans.

En 1993, la jeune femme a 25 ans. Alors qu'elle recherche des conseils en psychologie, son oncle par alliance, Benoît Yang Ting, psychothérapeute, la reçoit dans son cabinet et la met en confiance.

Très vite, elle accepte une session de travail. Coût de la thérapie: 150.000 francs (22.500 euros). Elle en refera deux en 1996 et en 2004. En douze ans, elle déboursera 238.000 euros. Bernard Touchebeuf, autre partie civile dans ce procès, a lui dépensé 750.000 euros.

Le principe de la thérapie, raconte Sophie Poirot, visiblement émue, c'était des sessions de trois à cinq semaines, six à huit heures par jour, sept jours sur sept, que vous passiez allongé nu sur un divan, soi-disant à revivre des souffrances passées.

Après une séance le matin avec le psychologue, elle rentrait à l'hôtel et passait son après-midi à écrire un compte-rendu, ensuite remis au thérapeute. Vous mangez le minimum, vous dormez 3, 4, 5 heures et vous passez la nuit de veille à rechercher des images de votre passé.

A la fin, rapporte la jeune femme devenue avocate, on finit par vous mettre dans la tête que vos parents ne vous ont jamais aimé et que votre père vous a violée. Quant aux amis, lui dit-on, en fait, ils t'aiment pas, ne retourne pas avec ces gens-là.

Conclusion, résume-t-elle: Avant la session, vous répondez au téléphone, après vous installez un répondeur et vous filtrez tous vous appels. (...) Et vous faites une belle lettre à votre père pour lui dire que vous n'allez plus lui répondre.

Petit à petit, décrit-elle, le vide se fait autour de vous. Votre vie d'avant est remplacée par M. et Mme Yang Ting qui deviennent vos parents de substitution.

état de manque

En fait, affirme Sophie Poirot, tout ce qu'ils voulaient, c'était retirer votre argent. Chez les Yang-Ting, tout est prétexte à facture. Ainsi, chaque faute d'orthographe dans le compte-rendu est sanctionnée 50 euros! J'avais de la chance, j'étais bonne en orthographe, arrive-t-elle aujourd'hui à en rire.

Mais au fond, analyse-t-elle désormais, dans la thérapie, en fait, ce n'est que le sexe qui l'intéresse, j'étais devenue son objet sexuel. La jeune femme accuse en effet Benoît Yang Ting de l'avoir amenée à entretenir avec lui des relations sexuelles de manière régulière lors de séances qu'elle devait payer.

C'est la rencontre de son futur mari qui lui a permis de sortir de l'emprise. Elle avait bien tenté de rompre précédemment, mais en état de manque, elle était toujours revenue vers le couple, parce que vous croyez vraiment que c'est votre univers.

Décrit comme très affaibli, Benoît Yang Ting, 76 ans, n'a pu répondre à ses accusations car il était absent à l'audience, contrairement à son épouse, 62 ans, également poursuivie.

Leurs quatre avocats ont vivement combattu les allégations des parties civiles. A l'époque, ils étaient très contents des soins prodigués par M. Yang Ting puisqu'ils en redemandaient, a ainsi ironisé Me François Gibault, tout en rappelant que son client a bénéficié d'un non-lieu sur la constitution de secte.

Tout en reconnaissant ce dernier point, le parquet lui-même a pourtant reconnu mardi qu'il y avait dans le dossier beaucoup d'éléments qui ressemblent à de nombreux égards à une secte...

Fin du procès mercredi soir.

(©AFP / 10 avril 2012 18h43)