Dans la cocotte-minute de Hong Kong, des clubs du rire pour relâcher la pression


Hong Kong - Société hyper-compétitive et matérialiste, longues journées de travail, logements exigus: Hong Kong est une cocotte-minute où les habitants sont sous pression. Un thérapeute, Dick Yu, tente de les détendre en leur apprenant à rire.

Les gens de Hong Kong ne rient pas, car ils sont constamment sous la pression de faire plus d'argent, déclare Yu, un hypnothérapeute, qui a créé onze clubs du rire depuis 2007 dans ce territoire du sud de la Chine, temple de la finance en Asie.

Ils s'angoissent aisément, car les logements sont très chers, le coût de la vie augmente et ils ont peur de perdre leur travail, ajoute-t-il.

Ses clubs du rire s'appuient sur le concept du yoga du rire, des exercices popularisés par l'Indien Madan Kataria en 1995.

Ils sont des centaines à rejoindre les cours gratuits prodigués par Dick Yu et ses collègues, dans plusieurs endroits de Hong Kong.

Dans un parc, une trentaine de personnes récitent sagement Ho ho ha ha ha. Ils respirent profondément, se tapent dans les mains les uns des autres et marchent en se dandinant comme des pingouins, en accord avec les instructions du professeur.

Les rires forcés se transforment en véritable hilarité.

C'est un peu bizarre au début quand on fait les +ho ho ha ha+, mais après un moment, on peut vraiment percevoir la différence et on se détend, raconte Kaman Wong, un des participants.

Plusieurs études ont démontré les effets bénéfiques du rire sur la santé.

Des chercheurs de l'Ecole de médecine de Baltimore ont ainsi établi que le rire affecte directement la fonction vasculaire, largement déterminée par l'état de la membrane qui tapisse les vaisseaux.

Ils ont projeté à des volontaires un film drôle, ou un film grave, et constaté que la comédie provoquait une expansion des parois des vaisseaux, tandis que le drame entraînait un net resserrement.

La différence du diamètre des vaisseaux était de 30 à 50%. Rire régulièrement est sans doute un élément d'un mode de vie sain pour éviter la maladie cardiaque, soulignait cette étude parue l'été dernier.

Kaman Wong, 37 ans, a rejoint un club du rire il y a deux ans, alors qu'il était cadre dans une usine d'agroalimentaire.

Le travail était stressant. J'avais beaucoup d'heures supplémentaires. Je devais m'occuper de nombreux employés. S'il y avait le moindre problème, c'était moi le responsable. Le rire m'a appris à gérer ce stress, dit-il.

- un ballon prêt à exploser -

En plus du travail, il se sentait miné par l'atmosphère de Hong Kong, où vivent sept millions de personnes, sur un territoire habitable restreint.

Tout le monde ici est comme un ballon de baudruche prêt à exploser. Si on me sourit, je ne sais pas comment répondre. Il y a beaucoup de barrières entre les Hongkongais, ajoute M. Wong.

Des clubs du rire existent ailleurs dans le monde, notamment aux Etats-Unis, mais Hong Kong se prête particulièrement à leur création.

Hong Kong est une société où tout va très vite. Les gens marchent vite... Ils doivent faire de longues journées, non parce que ça leur plaît mais parce qu'il leur faut survivre, note Paul Yip, directeur du centre de recherche sur la prévention du suicide, à l'université de Hong Kong.

En raison des coûts faramineux des loyers, les familles s'entassent dans de minuscules appartement.

Si vous êtes déprimés, il n'y a nulle part où aller, souligne Paul Yip.

Dick Yu rêve d'essaimer ses clubs du rire sur l'ensemble du territoire. On devrait en avoir dans chaque quartier, comme on a des épiceries, déclare-t-il.

(©AFP / 04 avril 2012 06h15)