Départ Batho: Jean-Marc Ayrault cherche à rassurer les écologistes


PARIS - Après l'éviction express de Delphine Batho du ministère de l'Ecologie, qui a promis de tout révéler jeudi sur son limogeage, Jean-Marc Ayrault s'est justifié mercredi devant les députés, en s'efforçant de rassurer les écologistes sur les engagements du gouvernement.

Dès 2014 sera amorcée une réforme de la fiscalité allant dans le sens d'une fiscalité plus écologique, plus incitative, a souligné le Premier ministre devant l'Assemblée nationale.

Nous n'attendrons pas la fin du quinquennat de François Hollande. C'est un engagement qu'il a pris, je le tiendrai, a-t-il ajouté, demandant à être jugé aux actes et non aux paroles.

Devant des députés Europe Ecologie Les Verts (EELV) aux visages fermés, le chef du gouvernement a également affirmé que les investissements qu'il annoncera le 9 juillet seraient ambitieux en matière de transports, d'investissement pour l'efficacité énergétique et en matière d'innovation et de recherche, en terme d'organisation d'une filière industrielle de l'écologie.

Delphine Batho a promis d'expliquer jeudi à 15 heures devant la presse les circonstances de (son) limogeage et ses conséquences.

Devant le Conseil des ministres, le chef de l'Etat a justifié son éviction par le fait qu'elle avait manqué, selon lui, au principe majeur de solidarité gouvernementale.

Une justification martelée par Jean-Marc Ayrault lors de la séance des questions d'actualité à l'Assemblée nationale.

Un des actes majeurs d'un gouvernement, c'est le budget, a-t-il souligné, et les critiques sur le budget préparé par le gouvernement pour 2014 ont constitué un problème politique, de cohérence, un problème de solidarité gouvernementale.

Ce n'est pas comme (le ministre de l'Education, Vincent) Peillon qui répondait une question sur le cannabis. Là elle est venue car elle avait quelque chose à dire, à exprimer, a-t-on fait valoir dans l'entourage de François Hollande.

Ce départ tambour battant de la socialiste Delphine Batho, qui s'était plainte mardi sur RTL d'un mauvais budget, et son remplacement, mercredi matin, par le député PS Philippe Martin a sérieusement secoué la majorité gouvernementale.

Avec 17 députés et 12 sénateurs, les partenaires écologistes du PS, représentés au gouvernement par deux ministres, Cécile Duflot (Logement) et Pascal Canfin (Développement), constituent un élément important de la solidité de la majorité que le chef de gouvernement ne peut ignorer.

Cavalier seul des Verts à Nantes

Plusieurs personnalités écologistes ont insisté mercredi matin sur le fait que leur maintien au gouvernement se ferait sous conditions. Ils avaient réclamé dès mardi soir des engagements clairs et des actes du gouvernement en matière d'écologie.

L'alliance d'EELV avec le PS est effectivement en sursis, a admis le député-maire écologiste de Bègles, Noël Mamère.

Les Verts ont à maintes reprises prévenu les socialistes que la transition énergétique et la fiscalité étaient des points essentiels subordonnant leur appartenance à la majorité.

Lors de leurs journées d'été programmées fin août, les écologistes ont déjà décidé de discuter de leur appartenance à la majorité, alors qu'une récente étude commandée par le parti a montré que les militants étaient dubitatifs sur l'efficacité d'avoir des ministres.

Mais au-delà se pose également la question des alliances PS/EELV pour les élections municipales de mars prochain. Et dans ce domaine, les actes de l'exécutif en faveur de l'écologie feront partie des discussions entre les deux partis, même s'il devrait y avoir des villes où il n'y aura pas d'alliance.

Ce sera le cas à Nantes, la ville de Jean-Marc Ayrault, où les Verts feront cavalier seul. Cette décision s'explique par le projet de futur aéroport à Notre-Dame-des-Landes, défendu par le Premier ministre et combattu avec vigueur par les écolos.

Mercredi matin, le limogeage de Mme Batho a suscité encore de nombreuses réactions dans la classe politique.

Ce sont des machos, a dit M. Cohn-Bendit; Hollande fort avec le faible et faible avec le fort (Nathalie Kosciusko-Morizet, UMP), visage autoritaire, machiste et violent de Hollande (Mélenchon, PG).

Quand on est ministre, on ne négocie pas son budget sur les ondes de la radio, a commenté Alain Juppé (UMP) à Questions d'Info LCP/FranceInfo/LeMonde/AFP.

J'ai regretté la méthode, a confié le député PS Jean-Marie Le Guen: Un gouvernement, contrairement à ce que l'on dit, ce n'est pas un bloc de béton homogène, sinon on n'a qu'à mettre des automates.

Dans la perspective des élections municipales en mars 2014.Christophe Borgel, député et secrétaire national du PS aux élections, a plaidé pour un bon usage du rassemblement à gauche, via notamment un comité de liaison regroupant au moins le PS et EELV.

(©AFP / 03 juillet 2013 19h27)