Egypte/ONG: les USA inquiets d'un possible procès de militants


SHANnon (Irlande) - Les Etats-Unis se sont dits dimanche profondément inquiets en apprenant que des dizaines de militants associatifs, dont 19 Américains, pourraient être renvoyés devant la justice en Egypte où ils sont soupçonnés de financement illégal d'ONG.

Nous avons vu des articles de presse selon lesquels des responsables judiciaires ont l'intention de présenter devant la cour criminelle du Caire un certain nombre de cas, dont ceux d'ONG financés par les Etats-Unis, a indiqué la porte-parole du département d'Etat américain Victoria Nuland, à des journalistes voyageant avec la chef de la diplomatie Hillary Clinton.

Nous sommes profondément inquiets de ces informations et nous cherchons des clarifications de la part du gouvernement égyptien, a-t-elle ajouté.

Une source judiciaire a indiqué dimanche à l'AFP au Caire que 44 personnes, dont des Egyptiens, 19 Américains, et des personnes d'autres nationalités, avaient été déférées devant la cour criminelle du Caire dans une affaire de financement des ONG.

Selon l'agence officielle égyptienne Mena, des Allemands, des Norvégiens, des Serbes, des Jordaniens et des Palestiniens figurent également parmi elles.

Aucune de ces personnes n'a été placée en détention en attendant le procès, dont la date n'a pas été précisée, a ajouté la source judiciaire égyptienne.

Cette action en justice fait suite aux perquisitions de 17 locaux d'ONG égyptiennes et internationales de défense des droits de l'homme et de la démocratie le 29 décembre.

Parmi elles figurent les organisations américaines National Democratic Institute (NDI), International Republican Institute (IRI) et Freedom House, ainsi que la fondation allemande Konrad Adenauer.

Cette affaire a tendu les relations entre Washington et le pouvoir militaire égyptien qui a succédé au président Hosni Moubarak depuis la chute de ce dernier le 11 février 2011.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle a également critiqué dimanche la façon dont l'Egypte pouvait nuire à des organisations non-gouvernementales renommées, en estimant que cela n'est en aucun cas acceptable.

Cette affaire survient alors que le pouvoir et les médias gouvernementaux mettent régulièrement le climat de contestation et les manifestations contre l'armée sur le compte de complots ourdis hors du pays et de mains étrangères.

Ces ONG sont accusées d'avoir établi des filiales d'organisations internationales en Egypte sans avoir obtenu l'agrément du gouvernement égyptien, et d'avoir reçu des financements illégaux de l'étranger, selon la source judiciaire égyptienne.

L'installation d'ONG étrangères en Egypte, ou le financement depuis l'étranger d'ONG locales, est soumis à des conditions très restrictives en vertu d'une législation héritée de l'époque du président Hosni Moubarak.

La façon dont les militaires égyptiens gèrent cette affaire est désastreuse, a déclaré à l'AFP Charles Dunne, directeur pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord de l'association Freedom House.

C'est une mesure de plus prise par le gouvernement égyptien dans sa guerre contre la société civile, pas seulement contre les organisations américaines, mais aussi les égyptiennes, a-t-il ajouté.

En janvier, les autorités égyptiennes ont interdit à certains Américains membres d'ONG de quitter le pays. Selon des responsables américains, plusieurs d'entre eux se sont alors réfugiés à l'ambassade des Etats-Unis au Caire.

L'armée égyptienne reçoit annuellement environ 1,3 milliard de dollars d'assistance militaire de la part des Etats-Unis.

(©AFP / 05 février 2012 22h46)