Enquête FNE: un tiers des sites naturels protégés sont dégradés en France


Paris - Les dunes de l'Ile de Noirmoutier victimes des boues de dragage du chenal d'un port, l'extension du golf de Fontenay-sur-Mer (Cotentin) en pleine zone protégée: de tels impacts polluants touchent un tiers des sites protégés en France, selon une enquête de France Nature Environnement (FNE).

L'enquête FNE de 2011 montre qu'au minimum 34,1% des zones de protection spéciale (ZPS pour les oiseaux) et 19,1% des zones spéciales de conservation (ZSC pour les habitats naturels et espèces animales autres que les oiseaux) sont touchées par des dégradations effectives ou potentielles, selon le document dont l'AFP a obtenu une copie jeudi.

Ces zones de protection sont définies dans le cadre du réseau Natura 2000 établi par une directive européenne de 1992 et dont le non-respect est passible de lourdes amendes.

La France a ainsi été tancée à la mi-juin par la Cour européenne de justice pour n'avoir pas suffisamment protégé les lieux de reproduction du grand hamster en Alsace, menacé notamment par des projets de zones de développement économique près de Brumath au nord de Strasbourg.

On avait déjà alerté lors de nos précédentes évaluations sur un certain nombre de dégradations et on espérait que ces constats serviraient d'électrochocs, mais malheureusement la tendance se maintient, souligne Benoît Hartmann, le porte-parole de FNE qui regroupe de nombreuses associations écologistes).

L'ONG a réalisé son évaluation, qui ne se veut pas exhaustive, avec les données relevées par ses correspondants dans les régions de France dont 12,5% du territoire terrestre sont intégrées dans le réseau Natura 2000. Une évaluation officielle par l'Etat est attendue en 2012.

FNE a noté des types de dégradations qui provoquent des atteintes sur des espèces emblématiques comme le vison d'Europe, ou l'outarde, un semi-échassier tacheté en voie de disparition en Europe et qu'on trouve encore dans le sud de la France et en Espagne, ajoute le porte-parole.

Parmi les projets ou activités mettant en péril les sites protégés, l'enquête a recensé des évènements accidentels (incendies, pollutions), des actes de malveillance (décharges sauvages, braconnage), et les dragages de ports et manoeuvres militaires par exemple.

Sont également mis en cause certaines pratiques d'agriculture intensive et le développement urbain et touristique avec ses nouvelles routes ou aéroports.

En Seine-Maritime, la petite violette de Rouen (viola hispida) risque de disparaître avec la construction de deux nouvelles routes.

Dans les Pyrénées-Orientales, les dérogations accordées à l'industrie du tourisme hivernal pour agrandir ou créer des stations de ski mettent en danger les tourbières, le coq de bruyère Grand Tétras (tetrao urugallus) et une espèce rare de papillon, le Damier de la Succise (euphydryas aurinia).

A priori, vu l'évolution du climat, on peut plutôt s'attendre à ce que le tourisme de neige disparaisse tout seul, fait remarquer Benoît Hartmann qui préconise le développement d'un éco-tourisme de printemps et d'été pour valoriser un patrimoine qui, lui, ne change pas avec le réchauffement climatique. Et d'ajouter que cela ne nécessitera pas de nouvelles constructions, étant donné que les résidences des villages de montagne sont souvent des résidences secondaires vides les neuf dixièmes de l'année.

Sur la base de ses enquêtes d'évaluation du respect de la directive européenne Natura 2000, FNE demande aux pouvoirs publics de réexaminer les projets potentiellement néfastes qui n'ont pas encore été autorisés et de veiller à la réalisation d'études objectives des impacts écologiques des projets de construction dans et à proximité des zones de protection des espaces naturels.

(©AFP / 07 juillet 2011 06h01)


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